Spagirie 13-24

Jean DUBUIS

L’Adepte doit suivre le chemin de la Nature mais avec les lumières de la Connaissance

COURS D’ÉSOTÉRISME GÉNÉRAL SPAGIRIE 13 – 24

NOTICE 13

Dans la plupart des textes hermétiques, les phrases importantes sont souvent noyées dans de longues dissertations ou dans des allégories symboliques. Le texte qui suit a été tiré d’un ancien livre hermétique duquel nous avons éliminé les termes obscurs inutiles.

PHILOSOPHIE ALCHIMIQUE

Ainsi que nous l’avons déjà vu, les corps morts ne sont pas utilisables en Alchimie. C’est pourquoi les métaux courants sont inutilisables ; seuls les sels métalliques vivants peuvent servir pour le travail sur le règne minéral.

Puisqu’en Alchimie nous imitons la Nature, nous allons examiner le processus créateur. Dans la Nature, tout est issu d’un principe unique qui opère toutes les générations et toutes les dissolutions.

La Nature est la mère de tous les êtres qui composent ce monde visible et du principe invisible qui les anime et qui, bien que distinct de Dieu, émane de lui.

Dieu a tiré la Nature du néant par la vertu de son Verbe, qui engendra une vapeur informe et subtile dans laquelle Il imprima un Esprit de force et de puissance.

La Vapeur se changea en une Eau que les philosophes ont nommée Universelle et Chaotique :
LE CHAOS. C’est de cette eau que l’Univers est formé.

L’eau cosmique est double, l’eau universelle visible, l’esprit invisible qui lui est inhérent.

Deux choses en une.

L’eau sans Esprit serait sans forme. L’Esprit sans eau serait sans action.

Toutes les choses tiennent leur existence de cette même racine et toutes peuvent donc être réduites en elle.

C’est pourquoi les philosophes disent :

«Notre matière est en toutes choses, mais elle n’est ni en quantité ni en qualité la même en toute chose».

L’eau cristalline et pure de l’origine est passive mais, sous l’action de l’Esprit actif, elle se putréfie. Il se forme des parties subtiles et des parties grossières.

Les plus subtiles forment le Ciel ou Feu, les moins subtiles l’Air, les plus grossières, l’Eau et enfin la Terre.

Ces quatre éléments ne diffèrent entre eux que par leur degré de fixité et de subtilité. Mais l’Eau chaotique double devient quadruple par la séparation des éléments.

Chaque élément produit continuellement en son centre une semence semblable à lui-même.

De la réunion de ces semences naît une eau chaotique de même nature que l’eau chaotique primordiale.

Cette eau chaotique assure la génération, la conservation, la destruction de toutes choses créées. Cette eau générée par les éléments est appelée : Semence Universelle, Âme et Esprit du Monde. Elle est l’esprit universel non spécifié rendu visible sous forme d’eau : ARCHÉUS de la Nature.

L’Esprit animateur provoque des émanations :

– venant du haut, ce sont les influences,
– venant du bas, ce sont les exhalaisons.

Les émanations provoquées par l’Esprit en tant que semence particulière engendrèrent par leur réunion la Semence Universelle. Le Feu avec l’Air, l’Eau avec la Terre et ces deux composés se réunissent comme mâle et femelle.

On ne peut aller d’un extrême à l’autre sans passer par le milieu. L’union des éléments fixe le volatil si on a le Feu avec l’Air, puis avec l’Eau, puis avec la Terre.

L’union des éléments volatilise le fixe de la Terre si on a la Terre avec l’Eau, puis avec l’Air, puis avec le Feu.

Chaque élément a trois degrés intermédiaires, très subtil, subtil, peu subtil, ou :

La Semence Univers, elle, est formée des émanations du Ciel, de l’Air, de l’Eau, de la Terre, par la dégradation de ces éléments en leur matière première.

Ses éléments sont homogènes n’étant constitués que d’Eau Chaotique et d’Esprit.

La Terre est un Ciel fixe, le Ciel est une Terre volatile, l’Air est une Eau raréfiée, l’Eau est un Air condensé. L’élément le plus subtil est aussi le plus mobile, c’est lui qui transmet le mouvement aux autres.

Nous vous conseillons de relire et de méditer cette partie philosophique avant d’entreprendre la distillation des éléments ou des expériences sur le GUR.

THÉORIE ALCHIMIQUE

Chimie et Alchimie

L’étude, même sommaire, de la chimie moderne n’est pas sans intérêt pour l’alchimiste.

Les alchimistes modernes ont établi une liaison entre certains corps simples de la chimie actuelle et ces éléments alchimiques :

– le Feu à l’hydrogène
– l’Air à l’azote
– l’Eau à l’oxygène
– la Terre au carbone.

Nous remarquons que le carbone est un élément clef de la nature et assure la liaison entre le monde minéral et le monde organique végétal et animal.

Dans nos manipulations, le sel végétal résiduel est un corps sans carbone qui a été brûlé, le sel est ainsi retourné à son monde minéral ; c’est le monde minéral qui fournit les matrices du monde végétal. Dès que le carbone est présent, la vie organique apparaît. La force d’animation, les huiles et esprits végétaux sont des composés du carbone, de l’hydrogène et de l’oxygène. Dans les huiles et essences essentielles, on a quelquefois de l’azote.

Si nous considérons la division de la chimie moderne, la chimie organique est le domaine du soufre et du mercure végétal, la chimie inorganique, celui du sel végétal. Nous devons noter que dans les processus de séparation de la plante apparaissent des sels volatils qui sont du domaine organique. Ils doivent être incorporés au soufre végétal.

Nous examinerons ultérieurement quelques méthodes pour la séparation de ces sels volatils.

Le règne végétal de la terre a comme composant principal dans ses sels le potassium. Ce sel de tartre est du carbonate de potassium. Les végétaux marins ont comme composant principal de leurs sels le sodium, métal très proche du potassium.

Le sang de l’homme est du règne du sodium.

Nous pensons que ces quelques remarques vous seront profitables lors de l’élaboration de vos opérations spagiriques.

PRATIQUE ALCHIMIQUE

Nous étudions la séparation du Soufre végétal qui est contenu en majeure partie dans les huiles essentielles du végétal. Celles-ci ne peuvent être séparées que par distillation à la vapeur.

La plante initiale pour ce travail peut être soit du carvi (graines) soit de la lavande (fleurs), soit de la matricaire. Les proportions sont de 50 g pour un litre de capacité, soit 300 g pour un ballon de six litres. Le ballon est rempli aux deux tiers d’eau de pluie et on laisse en macération 24 ou 48 heures.

Sur la planche jointe, si le ballon B est de 6 litres, le ballon A sera de 2 litres et rempli d’1 litre à 1 litre et demi d’eau de pluie. Le tube C est rempli d’eau ; il peut être remplacé par une valve d’auto cuiseur car son rôle consiste uniquement à empêcher l’explosion du ballon A si le circuit de vapeur vient à être obturé. On chauffe les ballons A et B ; à l’ébullition on arrête le chauffage de B, seul A, générateur de vapeur, continue à être chauffé. Il peut être prévu sur la partie D du tube une résistance électrique afin de surchauffer la vapeur pour certaines catégories de végétaux (rares).

L’injecteur de vapeur en B doit avoir une sortie effilée et courbe de façon à ce que le jet de vapeur brasse le mélange eau/plante.

Deux solutions sont possibles :

– La première consiste à monter un pan de distillation et un réfrigérant à sa suite sur le ballon B ; la vapeur et l’huile se condenseront dans un récipient. L’huile ne pourra être séparée de l’eau que par décantation et un lent versement ; le rendement sera mauvais.

– La seconde : sur notre planche nous avons représenté un extracteur pour huiles essentielles. La vapeur se condense dans le réfrigérant et l’huile se dépose sur ses parois.

Le tout descend dans la chambre à décantation G. L’huile surnage et l’eau retourne dans le ballon B par le tube K, le robinet R permet d’éliminer l’eau et de soutirer l’huile en fin d’opération.

L’expérience montre que si après l’extraction, on laisse reposer la plante, on obtient en opérant de nouveau 24 heures plus tard la même quantité d’huile et ceci quelquefois 3 ou 4 fois de suite.

L’extraction du principe de l’âme de la plante tue celle-ci qui doit donc passer par la décomposition qui accompagne la mort. Il s’agira ici de la fermentation, ce qui permettra la séparation des esprits des éléments du corps (Mercure et Sel). Ces esprits font l’objet d’une étude plus avancée au cours d’une de nos prochaines notices.

Notes : En page 1, la définition de la Nature est un peu courte pour l’usage philosophique. Un de nos membres ayant eu à donner une définition pour une proclamation d’agriculture biologique l’a définie comme étant l’ensemble des dispositions que la vie donne aux êtres.

On ne peut parler de nature sans évoquer le mot Vie. En latin, natura est le féminin de naturus, ce qui est destiné à naître, c’est le participe futur du verbe nascor. La nature est l’ensemble des relations internes qui sont inhérentes aux phénomènes vitaux.

En page 3, «Le règne végétal de la terre a comme composant principal dans ses sels le potassium». C’est une chose qui ressort du lessivage des sels d’où on ne sort en général que des sels de potassium, principalement du carbonate, mais c’est oublier que l’élément le plus répandu dans le règne végétal est le calcium. La plupart des cendres des végétaux et du bois sont constituées par du carbonate de calcium. Le calcium selon la terminologie de Kervran, ce n’est jamais que K + H, c’est à dire 39 + 1.

Planche : Séparation du Soufre végétal

NOTICE 14

Pendant quelques temps, nous nous consacrerons presque uniquement à des opérations pratiques.

Il ne faut pas oublier que, dans le domaine mental, prendre des notes sur un sujet, l’étudier, revient à en faire une « extraction alchimique ». Méditer un problème équivaut à une « circulation alchimique ».

Dans un cas, la matière se fixe et devient stable et durable, dans l’autre, la matière croît et se perfectionne.

LA FERMENTATION

Après avoir ôté le soufre végétal par la distillation à la vapeur, nous avons une plante morte dont nous devons séparer les divers éléments par la fermentation. La fermentation est la clef qui ouvre les secrets de la nature, c’est pourquoi elle doit être sérieusement étudiée et expérimentée. Toutes les fermentations ou putréfactions demandent la réunion de trois conditions pour se réaliser :

– la présence d’un élément vivant
– une composition ou un état du corps à fermenter adéquats
– des conditions de températures et, selon la nature de la fermentation, la présence ou l’absence d’air.

Compte tenu de l’évolution du vocabulaire et du sens qu’a pris le mot « putréfaction » depuis la conception pasteurienne et microbienne, il faut souligner qu’autrefois la putréfaction n’avait pas le caractère putride qu’on lui attribue aujourd’hui.

L’élément vivant est en général tué par la chaleur. L’extraction à la vapeur tue le ferment.

De même, dans le métallique, il est tué par la fusion du métal et la fermentation ne peut s’amorcer. Nous devons donc toujours ajouter un ferment. Dans le cas du végétal, certains auteurs préconisent l’utilisation de la levure de bière, mais ceci est une erreur. La Nature étant unique, il faut employer le ferment spécifique de la plante ou du métal, sinon il faudrait disposer d’un ferment indéterminé, mais il n’existe malheureusement pas dans le végétal. Il est donc préférable de mélanger avec la plante morte un peu d’une plante n’ayant subi aucun traitement afin d’apporter les éléments nécessaires à la fermentation.

Dans le règne métallique, le métal à fermenter est mort ; il doit être mélangé à une partie de son minerai non fermentable, mais qui apporte la vie au métal préparé.

Si, par suite de traitements agricoles, la plante n’a plus ses propres ferments, on peut l’ensemencer avec une levure étrangère qui sera de préférence obtenue à partir de fond de cuve de vin, mais ce n’est qu’un pis-aller.

À notre plante macérée dans de l’eau de pluie et sans son soufre extrait précédemment, nous ajoutons un peu de plante fraîche pour obtenir le départ de la fermentation en respectant les conditions suivantes :

– S’il y a de l’air au contact du liquide, les levures se développent beaucoup, il y a peu de production d’alcool (fermentation aérobie).

– S’il y a peu d’air au contact du liquide, les bactéries se développent peu et produisent beaucoup d’alcool (fermentation anaérobie).

– Les levures alcooliques s’alourdissent et perdent de leur vivacité au-dessus de 30° et en dessous de 15°.

– Les levures ne vivent pas en milieu basique, elles ne se développent qu’en milieu neutre ou acide; celui-ci bloque souvent la prolifération des ferments parasites. Ce sont la plupart du temps les tiges coupées et les grains du fruit qui assurent l’acidité de la liqueur (pH inférieur à 7).

– La fermentation végétale ou métallique dégage de la chaleur, le flacon doit être aéré.
– Au cours des deux ou trois premiers jours, il faut renouveler l’air stagnant au-dessus du liquide pour évacuer le gaz carbonique qui gène le développement des levures.
– Il faut remuer avec une tige de bois ou de verre la masse eau/plante.
– Au bout de deux ou trois jours, il faut laisser stagner le gaz carbonique pour augmenter la production d’alcool.
– Dans les fermentations alcooliques, les levures cessent de travailler quand le taux alcoolique est de 15 à 17°, qu’il reste ou non de la matière transformable.
– Dans la fermentation acétique, que nous verrons plus tard, les levures cessent de travailler quand le taux d’acide est à 8 %.
– Quand la fermentation est terminée, on sépare la masse solide du liquide par filtrage.
– On distille lentement le liquide pour récupérer l’alcool.
– La fermentation des plantes produit essentiellement deux sortes d’alcool :

     . éthylique.
     . méthylique : ce dernier est très dangereux et doit être éliminé soigneusement des produits spagiriques.

La séparation est assez aisée car il ne donne pas d’azéotropie avec l’alcool éthylique et sa température d’ébullition est de 64°. Il faut donc éliminer tout le liquide qui distille en dessous de 76 °C.

L’enrichissement artificiel d’une macération végétale par des solutions assimilables à la chaptalisation du vin augmente fortement le taux d’alcool méthylique.

En résumé, toutes les fermentations spagriques végétales ou métalliques se contrôlent grâce à trois éléments :

– choix de l’élément ferment
– choix de la solution à fermenter et de sa composition chimique
– choix de la température et de l’aérobie ou de l’anaérobie

Il est assez délicat de tenter de changer les mercures de règne ; il n’en n’est pas de même des principes de fermentation ou de putréfaction. Un ancien Philosophe disait : « Cherche ce qui dans le règne animal pourrit le plus vite. Des poissons, extrait le principe des poissons, et il accélèrera la putréfaction métallique qui autrement est très longue ».

Tout est logique en alchimie, ainsi le menstruum de Kerkring qui permet une extraction assez rapide de l’alkaest métallique est composé de sel ammoniac, principe dégagé par la putréfaction des poissons, et d’alcool absolu, médian végétal qui permet à l’animal d’agir dans le minéral, car on ne passe pas d’un extrême à l’autre sans un médian.

Nous décrirons la fabrication de ce menstruum à la fin du cours sur les processus végétaux.

DISTILLATION PHILOSOPHIQUE

Ce genre de distillation est typiquement alchimique. Les Philosophes groupent sous ce terme deux processus fort différents.

Nous avons vu précédemment que l’ébullition créait des myriades de micro bulles qui, entraînées par la vapeur, court-circuitent le processus de la distillation. La sphère à reflux de Kjeldahl en élimine une grande partie mais il est préférable de ne pas en avoir. Pour cela il faut que la température du liquide soit juste en dessous de celle d’ébullition. Ainsi tout le liquide passe à l’état de vapeur. Ceci implique que la vapeur n’ait que très peu à monter ; on peut donc incliner le ballon de façon à avoir un col en pente douce qui arrive directement dans le réfrigérant. Cette distillation doit être très lente. Une goutte toutes les 7 à 8 secondes. Les anciens Philosophes conseillaient de réciter un Pater entre deux gouttes.

La seconde méthode consiste en une distillation répétée de notre produit que l’on reverse sur les fèces restées au fond du ballon. Le but recherché est un enrichissement du produit et non une séparation. Les distillations répétées renforcent d’une manière surprenante les éléments alchimiques du produit.

Des distillations répétées de vinaigre n’augmentent pas son taux d’acide acétique mais son pouvoir « mûrissant » et « fixant » selon le concept alchimique.

Il faut toujours bien laisser refroidir le ballon avant de remettre le liquide distillé. Si les fèces sont solides, les extraire du ballon et les piler en poudre aussi fine que possible. Ce principe est appliqué en fonctionnement continu dans les opérations dites de « circulation ».

SOLVE ET COAGULA

Cette opération a un but essentiel de purification. Elle peut se pratiquer de deux façons différentes:

– 1) La première consiste à dissoudre le corps à purifier, généralement un sel dans un liquide, l’eau le plus souvent. Si le sel est insoluble dans l’eau, on peut essayer l’alcool ou l’acide acétique. Quand le sel est dissous, on filtre la solution et on évapore lentement, sans bouillir. On récupère un sel purifié de ses impuretés insolubles, mais les impuretés solubles ne sont pas éliminées.

– 2) La deuxième méthode consiste également en une dissolution et un filtrage, mais on n’évapore pas jusqu’à siccité. On réduit par exemple le volume de liquide au quart de son volume primitif, et on laisse refroidir.

Dans de nombreux cas, des cristaux vont apparaître et se développer dans le liquide froid.

On les recueille et on les sèche. Il est nécessaire de les mettre dans un flacon étanche, car ils sont souvent hygroscopiques et sont liquéfiés par l’humidité de l’air. La cristallisation élimine en partie les impuretés solubles. Au fur et à mesure que l’eau se refroidit, les parties solubles se cristallisent.

Voici, pour quelques sels, la quantité en grammes soluble dans l’eau à 20 °C et 100 °C :

Prenons l’exemple de l’acétate de plomb. Si nous saturons l’eau à 100 °C, une fois refroidie à 20 °C, nous aurons :

221-44 = 177 grammes de cristaux avec 1/10 de litre d’eau au départ.

Il ne faut pas chercher à cristalliser la totalité du sel car la solution précipite des impuretés que l’on élimine par filtrage.

Reprenons notre acétate de plomb. Tout d’abord, les cristaux seront minces comme des aiguilles, mais à chaque cycle de dissolution, cristallisation, le sel se purifie et les cristaux grossissent.

Un premier phénomène se produit : à froid, la cristallisation ne va plus se faire, ce qui indique que le degré de pureté du sel est bon. Si on a eu la précaution de garder quelques cristaux des premières expériences, il suffit de jeter dans la solution un minuscule fragment de cristal pour obtenir en quelques secondes les cristaux de la solution.

Si nous continuons, nous avons un refus de cristallisation. La semence cristalline est sans effet, c’est le signe de la purification. Il faut alors épaissir la solution par un léger chauffage jusqu’à ce qu’elle ait la consistance d’une cire qui serait aisément fusible à chaud.

Quand le sel a atteint ce degré de pureté, il est dit par les Philosophes être « réincrudé au Chaos ».

Qu’il soit végétal, minéral ou métallique, s’il est correctement nourri, il pourra être conduit à la véritable fermentation alchimique.

Pour certains sels, le chaos peut être atteint en 6 ou 7 cristallisations ; pour d’autres, plusieurs dizaines et même centaines sont quelquefois nécessaires, d’où le nom de « Travaux d’Hercule ».

CALCINATION

Ce n’est pas une opération aussi simple qu’il puisse paraître de prime abord.
Si les résidus végétaux proviennent d’une extraction alcoolique, il suffit de les enflammer alors qu’ils sont encore imprégnés d’alcool, pour atteindre la phase noir-gris.
Si les résidus végétaux proviennent d’une macération à l’eau de pluie, il faut d’abord les sécher dans un plat résistant au feu. Il faut ensuite les réduire en poudre.

La réduction en poudre des cendres gris-noir de l’extraction alcoolique ou de la plante séchée de la macération hydraulique économise de l’énergie et fait gagner du temps.
Pour la suite des opérations, il est souhaitable d’avoir deux creusets identiques, soit en porcelaine, soit en terre réfractaire, soit en silice.
Le chauffage au gaz du creuset ne donne pas à la matière la température de la flamme car l’apport calorique des becs est en général insuffisant.

L’expérience montre que, pour un creuset ouvert, la température excède rarement 500 °C.

Dès que le gris est atteint, une toile en acier inoxydable empêche la neige de s’envoler et le blanchiment est plus rapide. Mais, pour deux raisons, il est préférable de poser un creuset identique inversé sur celui contenant la matière :

– 1) La température est plus élevée de 200 °C au moins.
– 2) Les sels volatils se soulèvent et se déposent sur le creuset supérieur et ont un plus haut degré de pureté que ceux restés dans le fond ; ils doivent être recueillis à part et gardés pour les expériences les plus élevées (Circulatus ou Pierre).

En ce qui concerne les sels de la plante, les résultats sont différents selon que l’on calcine les résidus après extraction ou avant extraction.

En général, dans ce dernier cas, les sels sont plus fusibles et, avec la technique du creuset inversé, ou avec l’utilisation d’un four à émaux, on obtient aisément un verre végétal. Si ce verre végétal est soluble soit dans l’eau, soit dans l’alcool, soit dans l’huile de la plante, il donnera un meilleur résultat.

Les Pierres ou les Circulatus, sommets de l’oeuvre végétale, ne peuvent être obtenus que par des verres solubles ou par des sels volatilisés ou sublimés.

Note : À propos de la fermentation des plantes, on trouve assez peu de levures sur la plupart des végétaux. On en trouve surtout sur les fruits. Elles n’entrent en activité que sur les substances glucidiques. La population bactérienne et microbienne des végétaux est composée la plupart du temps de bactéries lactiques et d’infusoires. Quand on fait une macération de plante pour en tirer une fermentation, on obtient beaucoup plus souvent le développement d’infusoires et de bactéries lactiques plutôt qu’une fermentation alcoolique. Pour mettre une plante en fermentation, il faut lui ajouter un peu de sucre.

Planche : Fermentation.

Pour évacuer le gaz carbonique CO2 au début de la fermentation, on souffle en A ; le tube B s’amorce alors et fait siphon à CO2 (plus lourd que l’air). Quand la fermentation est établie dans la masse du liquide, au bout de deux à trois jours, on bouche le tube B.

NOTICE 15

Arrivés à ce point de nos études, nous pensons qu’il est bon que chacun réfléchisse sur les diverses options alchimiques possibles. En effet, suivant la direction choisie, le matériel et la documentation seront différents pour chacune de ces options. De même qu’il faut éviter la boulimie cérébrale, il faut également éviter que son laboratoire et sa bibliothèque de travail soient surchargés d’attributs inutiles.

La première voie est celle de l’alchimie spagirique qui, en fait, ne peut être suivie que par les personnes appartenant au Corps Médical. Cette alchimie traite principalement de la guérison par les extraits alchimiques végétaux. Dans cette voie, on peut se contenter des élixirs et des quintessences.

La deuxième voie, peu différente de la précédente, consiste à essayer d’obtenir la maîtrise du végétal, soit par des « circulés », soit par la pierre végétale.

La troisième voie concerne ceux qui, après un apprentissage dans le végétal, veulent continuer dans le métallique.

Nous commencerons donc par quelques conseils sur les lectures. Il ne faut pas lire trop de livres, mais il faut lire et relire à fond ceux que l’on a choisis. Il est évident que, pour ces trois voies, il existe un fond commun de matériel et de documentation.

Pour les végétaux, nous conseillons les livres suivants :

– Les trois tomes de :

« Le livre des plantes médicinales et vénéneuses de France » par P. Fournier (Paul Lechevalier éditeur, Paris). Ce livre assez coûteux est le plus complet sur les caractéristiques et l’emploi des plantes.

– Les deux tomes de :

« Les plantes médicinales » par Emile Perrot. Ce livre coûteux contient 245 planches en couleur permettant l’identification de presque toutes les plantes de France.

« Essential Oils » de Gunther, en anglais (pour tous ceux qui veulent faire de l’aromathérapie) donne toutes les caractéristiques des plantes et des huiles obtenues, ainsi que diverses méthodes d’extraction et de purification.

Ceux qui n’envisagent qu’un passage dans le végétal peuvent se contenter d’ouvrages plus modestes comme :

– « Dictionnaire des plantes médicinales » de Morgan

– « Les noms des fleurs par la méthode simple » de Bonnier

– « La flore portative de France, Suisse et Belgique » de Bonnier est utile à ceux qui veulent faire de la prospection de plantes sauvages.

Pour ce qui est des livres typiquement spagiriques, nous aborderons ce sujet en même temps que les livres alchimiques.

PRATIQUE ALCHIMIQUE

Dans notre dernière notice, nous avons expliqué les principes et les règles de diverses opérations. Nous continuerons d’explorer ces sujets dans la présente notice afin de pouvoir ensuite entreprendre l’étude des processus généraux sans s’arrêter aux détails de chaque opération.

Macération

Il ne faut pas confondre cette opération avec la fermentation. Il y a dans la macération simplement dissolution des principes contenus dans le végétal ou le minéral dans le liquide de macération.

La macération se fait à une température plus basse que la fermentation, justement pour empêcher cette dernière de se produire. Généralement, on fait macérer à la température ambiante entre 18 et 20 °C. On notera cependant que les disciples de Von Bernus font macérer à 40 °C. Enfin, on peut également entreprendre cette opération à des températures voisines de celles des fermentations, mais dans des conditions telles que le milieu ne fermente pas, c’est-à-dire avec une petite addition d’alcool.

Il n’y a pas, en principe, de dégagement gazeux : la macération peut donc se faire en récipient fermé. Les liquides de macération utilisés généralement sont l’eau et l’alcool éthylique ou esprit de vin.

La macération est surtout utilisée dans la préparation des plantes. Les plantes séchées sont macérées à l’esprit de vin. Les plantes fraîches sont macérées de préférence avec de l’eau de pluie distillée, en général pendant 24 ou 48 heures.

L’eau doit être bien distillée car, si elle contenait quelques sels, ceux-ci contamineraient le sel de la plante et la purification spagirique ne serait plus possible.

La macération est particulièrement importante avant l’extraction des huiles essentielles par la distillation à la vapeur.

Il y a intérêt à ne pas utiliser trop d’eau puisqu’elle devra être évaporée pour récupérer les sels de la plante.

Circulation

La circulation est une distillation continue dans laquelle le liquide distillé retombe dans le liquide à distiller. C’est une opération qui est destinée à enrichir le produit en éléments volatils (au sens alchimique), c’est-à-dire spirituels.

Il y a différents types d’appareils de circulation, chacun ayant un but spécifique.

Dessin n°1

Appareil traditionnel, le Pélican, destiné à des circulations lentes avec condensation spontanée dans le col du ballon qui naturellement est bouché.

Dessin n°2

Circulation rapide avec réfrigérant. Le chauffage sera fait de préférence au bain-marie.

Dessin n°3

Appareil traditionnel dit « des deux frères » ou encore « vaisseau de rencontre », qui peut être soit à marche continue, soit alternée. Chaque ballon est chauffé alternativement ; à chaque changement de feu, le degré du liquide augmente (dans le Glaser, la définition de ce vase est un peu différente : ce sont deux matras dont les cols s’enfilent l’un dans l’autre).

La circulation est une opération importante en alchimie. Elle peut durer plusieurs mois. Au cours du travail pratique, nous verrons que certains liquides circulent presque spontanément.

Dans notre Notice 16, nous donnerons la description d’un appareil à circuler que chacun pourra monter lui-même.

Digestion

La digestion se fait dans un bocal fermé et étanche. Il n’y a pas de levure comme dans la fermentation. Les conditions de température sont les mêmes, souvent 40 °C. Elle dure en général plus longtemps que la fermentation. En principe, il ne se produit pas de dégagement gazeux. Seul l’aspect des matières et la circulation de la vapeur dans le bocal permettent de se rendre compte de l’avancement de la digestion.

Le flacon doit avoir un col assez long et la matière ne doit pas dépasser un tiers de son volume. Il est très important que la température soit constante pendant toute la digestion : de même que le refroidissement des oeufs tue une couvée, de même le refroidissement momentané bloque la cohobation résultant de la digestion.

La macération concerne la préparation du produit. Le terme digestion est utilisé pour désigner une opération terminale dans la fabrication du produit. La digestion est quelquefois combinée avec la circulation.

D’après la définition de Von Bernus, le but et l’effet de la digestion sont d’obtenir le relâchement de la texture des substances pour favoriser leur ouverture et leur dissolution.

Ce phénomène doit être considéré comme identique à celui qui se passe dans l’estomac d’un animal. Cohobation, en Alchimie, c’est le rassemblement des éléments purifiés. Ce n’est pas la définition de Glaser pour qui la cohobation est le fait de repasser plusieurs fois un solvant sur une substance pour l’ouvrir et la dissoudre.

Cohobation

En Alchimie, la cohobation est le rassemblement des éléments purifiés. En principe, elle se fait en réunissant le Soufre, le Mercure et le Sel alchimiques ; c’est certainement l’opération la plus délicate. Les conditions générales étant assez variables, les détails seront donnés dans chaque procédure décrite ultérieurement.

Toutefois, si le Soufre et le Sel ont été bien purifiés, la conjonction entre eux a lieu poids pour poids. Quant au Mercure, il doit seulement imbiber les deux précédents : seule la surveillance de l’opération permet de savoir s’il y a excès ou manque de Mercure.

C’est au cours de cette opération que l’on peut orienter le produit vers le fixe ou le volatil, la pierre ou l’élixir, car cette orientation dépend de la proportion des composants.

La cohobation faite, le produit est soumis soit à une longue digestion à température constante, soit à une circulation.

Imbibition

C’est une opération qui consiste à imprégner un solide, en général un sel, avec un liquide, son Soufre, son Mercure ou un Menstruum.

Le liquide doit être complètement absorbé et la surface juste humide, sans suintement liquide. Le produit est alors mis un flacon étanche et mis en digestion pendant 8 à 10 jours. Le liquide imprègne la matière intérieurement et la surface se dessèche.

On recommence l’imbibition jusqu’au refus de la matière, ce qui se manifeste par le fait qu’elle ne se dessèche plus en surface.

L’imbibition par un Menstruum « nourrit » la matière et peut la revivifier. Ainsi, un métal fondu, mort, peut retrouver son sperme métallique, même avec un Menstruum qui n’est pas spécifiquement de son règne. Dans ce cas, l’opération peut être assez longue, plusieurs mois en général.

Notre prochaine notice sera consacrée exclusivement à la description d’appareils à construire soi-même à partir d’éléments peu coûteux.

Planche : Appareils de circulation :

– le Pélican
– avec réfrigérant
– les deux frères

NOTICE 16

Il nous faut une fois de plus insister sur le fait qu’il est inutile de se procurer tous les matériels décrits dans nos notices : chacun travaille selon sa voie et doit choisir son matériel en conséquence. Nous continuons dans cette notice la description de matériels pouvant être fabriqués à partir d’éléments peu coûteux.

EXTRACTEUR DE SOXHLET

Méthode simplifiée

Si l’on veut éviter l’acquisition d’un extracteur de Soxhlet, appareil assez cher, on peut opérer de la façon suivante : Choisir le menstrum avec lequel on effectuera l’extraction.

Prenons par exemple l’alcool rectifié.

– Versez 500 cm3 d’alcool sur la plante pilée.
– Laissez macérer 1, 2 ou 3 jours.
– Filtrez.
– Distillez la liqueur filtrée au ¾ de son volume, ou même un peu plus si la liqueur ne laisse pas de dépôt sur les côtés du ballon.
– (x) Reversez l’alcool distillé sur la plante.
– Remettez en macération.
– Filtrez la liqueur.
– Mélangez cette liqueur avec le reste de liqueur de la précédente distillation.
– Distillez à nouveau.
– Recommencez le processus à partir de (x) jusqu’à ce que l’alcool ne se colore plus au contact de la plante. Comme celle-ci est saturée de l’alcool de la précédente macération, il faut examiner la couleur aussitôt que l’on a reversé et mélangé l’alcool distillé puis voir, le lendemain, si la couleur a évolué. Il faut compter en général sept macérations pour que l’extraction soit complète.

L’extraction par ce procédé demandera entre 1 et 2 semaines alors que l’extraction par l’appareil de Soxhlet dure à peine une journée.

Montage artisanal (planches n°1 et n°2)

Ce montage est réalisé à partir des éléments décrits pour la construction d’un train de distillation (Notice 12) et des réfrigérants décrits ci-après.

Aux points A, B, C, on trouve des joints faits dans des tubes plastiques siliconés ; ils sont destinés à rendre l’ensemble moins fragile. L’obturation est faite avec du coton hydrophile ou une matière équivalente.

D signifie que le tube ne doit pas dépasser le haut du bouchon sinon le siphonage ne se fera pas entièrement quand le niveau de l’eau baissera en dessous du tube.

Les réfrigérants sont montés avec diverses pièces :

a, b, e, f, g sont faits en tubes pyrex de 8 mm. Pour e, on le courbe d’abord en bas ; on passe ensuite le bouchon, puis on plie les deux branches à la flamme.
d est un bouchon de caoutchouc sans soufre. On peut le percer à l’aide d’une perceuse électrique. Commencer par un trou de 3 mm, mouiller ensuite cet avant-trou et le forer avec de l’eau.
c est un tube pyrex de 25 à 40 mm de diamètre. Sa longueur peut varier entre 30 cm et 50 cm.

Le réfrigérant à reflux est plus facile à nettoyer et il est également plus efficace que le réfrigérant simple. Remarquez les entrées et sorties d’eau différentes suivant le type de réfrigérant.

CALCINATION

Utiliser des petits récipients en porcelaine à feu (genre ramequin) et les monter comme l’indique la planche n°3. Le ramequin supérieur (inversé) n’est placé que lorsque le gris est atteint. On recueille sur ce ramequin inversé un sel volatil qui doit être mélangé soit au Soufre, soit à la teinture.

CIRCULATION MACÉRATION (planches n°4 et n°5)

Pour mettre en circulation, on utilise un flacon à col long que l’on place dans une boîte en polystyrène de 1 à 3 cm d’épaisseur. On laisse le col sorti de 10 à 15 cm. On place à l’intérieur une lampe de 10 watts maximum que l’on a préalablement peinte en noir. La différence de température entre l’intérieur et l’extérieur crée une circulation rapide qui peut réduire considérablement le temps de l’opération. Il y a toujours intérêt à circuler les menstra qui sont améliorés par cette opération.

Pour maintenir une chaleur constante, les anciens utilisaient le fumier. On peut remplacer efficacement celui-ci par un réfrigérateur usagé (planche n°5) dont on démonte la mécanique. Dans la partie inférieure, on place deux lampes électriques de 15 à 25 W que l’on monte en série après les avoir peintes en noir. À mi-hauteur on place un thermostat gradué de 0 à 60 °C ou de 0 à 100 °C, puis on règle la température à 42 °C. Le réglage définitif se fait au moyen d’un thermomètre placé dans la chambre froide.

Chaque préparation est enfermée dans une boîte en polystyrène (on peut par exemple récupérer les boîtes de glaces alimentaires), ceci afin d’éviter tout choc thermique aux préparations en cours de traitement lorsqu’on en introduit de nouvelles.

EXTRACTION DES HUILES ESSENTIELLES (Notice 13)

Sur la planche n°6, le tube a sert de soupape de sécurité et est rempli d’eau jusqu’au niveau H. Le tube b a une extrémité effilée de façon à ce que la vapeur brasse la macération. c est un tube en silicone que l’on peut pincer au début de l’opération pour empêcher la vapeur de passer. On retire la pince lorsque d contient un peu d’eau. La pince e sert à recueillir l’huile après décantation. Les fioles de type Erlenmeyer peuvent être chauffées sur des plaques électriques courantes.

Planches

– n°1 – Extracteur de Soxhlet (fabrication artisanale)

– n°2 – Réfrigérants

– n°3 – Montage pour calcination

– n°5 – Aménagement d’un vieux réfrigérateur

– n°6 – Extracteur d’huiles essentielles

NOTICE 17

Dans les précédentes notices nous avons donné quelques éléments qui concernent l’état d’esprit de l’alchimiste. Nous arrêtons l’étude de ces textes momentanément parce que nous pensons qu’il est bon que leur contenu entre en « macération-circulation ». Étant donné la grande diversité des étudiants nous avons fourni ces indications afin que tous puissent avoir les éléments de base nécessaires à ce cheminement, s’il ne les avait pas eus auparavant. Notre but était de préparer chacun à l’utilisation de la méthode expérimentale et de donner un minimum de notions concernant la conception du monde à laquelle conduit l’alchimie.

Dans la présente notice nous revenons sur les extractions faites avec le Soxhlet, en y ajoutant quelques précisions supplémentaires. Quel livre choisir ? Voici une question à laquelle nous essayons d’apporter une première réponse. Pour ce qui est de la pratique spagirique ou alchimique, les livres les plus bavards sont ceux de l’époque où s’est produite la transition alchimie-chimie. Il existe trois livres intéressants de cette époque, ce sont :

– « Le cours de chimie » de GLASER

– « Le cours de chimie » de LEMERY

– « La Royale Chimie » de CROLLIUS

Il en existe d’autres mais ceux-ci ont l’avantage de décrire en détail le matériel, les processus et nombre de précautions nécessaires que ce soit dans le règne végétal ou dans le règne minéral.

De nombreuses expériences décrites dans notre cours ont été tirées de ces livres. Dans les livres réédités à ce jour, nous conseillons à ceux qui veulent envisager la voie métallique, les livres de Basile VALENTIN :

– « Le traité des teintures des sept métaux »

– « Le char triomphal de l’antimoine »

– « Le dernier testament »

– « Les douze clefs de la Philosophie »

Abordons maintenant les principes dont découlent les méthodes alchimiques classiques. Il nous faut d’abord faire un bref rappel sur les menstra. Ils peuvent être divisés en deux catégories :

– les menstra universels

– les menstra spécifiques

Dans les menstra universels, on peut distinguer la hiérarchie suivante :

– le Mercure Philosophal

– le Mercure Philosophique

– le Menstruum extrait de l’urine humaine

– l’Archéus de l’eau.

Dans les menstra spécifiques et même dans les menstra universels, on peut distinguer deux catégories :

– ceux qui donnent les volatils,

– ceux qui donnent les fixes.

Cette distinction est importante pour diverses raisons alchimiques et spagiriques. Dans les anciens traités, on dit que les volatils soignent les maladies temporaires, et les fixes les maladies chroniques, que ce soit dans le règne végétal, animal ou métallique.

Prenons une image pour expliquer cet adage :

La première fermentation végétale est alcoolique, elle donne un menstruum faisant des volatils.

La deuxième fermentation végétale est acétique et donne un vinaigre qui est « fixant ».

Une première fermentation métallique du minerai dégage le Mercure Philosophique « volatil ».

La fermentation du Mercure Philosophique donne les éléments qui conduisent à la Pierre Fixe.

Ceci nous montre le parallélisme de principe entre le végétal et le métallique.

Si on souhaite obtenir des produits qui ne soient ni fixes ni volatils, le menstruum végétal serait l’acétone, et le métallique serait l’Acétone des Sages issue de l’Antimoine. Nous devons vous mettre en garde dès à présent quant à l’utilisation de ces produits. L’acide acétique du commerce est interdit car il ne provient pas du vin et contient des produits toxiques. En Alchimie, l’acide acétique provient uniquement du vinaigre (extraction délicate que nous étudierons plus tard). L’acétone est un produit très dangereux à manipuler, il est cité seulement à titre d’exemple théorique.

Nous nous pencherons également vers la fin de ce cours sur l’extraction des menstra universels car elle demande une expérience pratique importante. Nous allons maintenant vous entretenir des végétaux séchés. Ils n’ont pas nécessairement perdu leur pouvoir germinatif, leur sperme. Ils sont capables de déterminer leur espèce, leur type. Ils ne peuvent pas produire correctement leur propre Mercure car les levures, les ferments typiques de la plante, ont disparu. Le végétal doit être aussi sec que possible car le peu d’humidité qu’il contient affaiblit fortement le pouvoir d’extraction du Mercure Végétal (alcool absolu). Avec les végétaux secs, l’emploi d’un menstruum indéterminé est obligatoire. Nous commencerons le travail sur les végétaux séchés par une extraction avec le Soxhlet ou par la méthode de remplacement si on ne possède pas cet instrument.

Nous avons à la fin de cette opération :

– La teinture

– Les fécès

La teinture peut être utilisée telle quelle.

On peut essayer de séparer le Soufre et le Mercure par distillation. Ceci est rarement possible ; seul un essai montre si on peut séparer les huiles essentielles. Dans ce cas, il vaut mieux opérer sous vide à une température aussi basse que possible pour ne pas détériorer le produit.

Si la séparation ne se fait pas, on mélange les produits de la distillation et on utilisera la teinture telle qu’elle était au début.

Les fécès sont calcinés : ils ne doivent plus contenir de produits solubles dans l’alcool. On extrait le Sel par lessivage, soit comme dans le Solve-Coagula, soit en plaçant les Sels dans un Soxhlet. Dans ce dernier cas, on peut faire deux extractions, l’une avec de l’eau distillée, l’autre avec de l’acide acétique. Si on associe ces deux méthodes, on mélange soigneusement les Sels recueillis après les avoir pilés.

L’acide acétique dont il est question peut être « mort ». L’important est qu’il soit pur afin de ne pas ajouter d’impuretés dans les Sels. On peut soit acheter de l’acide acétique glacial (chez les fournisseurs spécialisés en matériel de laboratoire), soit acheter de l’acide acétique chez le droguiste et dans ce cas le distiller, ce qui demande quelques précautions.

Cet acide bout à 117 °C et ses vapeurs sont nocives. On peut utiliser une installation simple comme celle de la Notice n° 5, mais il faut rendre étanche la sortie. On peut faire passer le tube de sortie dans un bouchon de caoutchouc à deux trous qui bouche le flacon récepteur ; dans le second trou on passe un tube de verre sur lequel est monté un tube de plastique qui peut envoyer les vapeurs parasites soit à l’extérieur, soit dans une solution de potasse.

Lorsque le Soxhlet a été chargé à l’acide acétique et que l’extraction a été faite, on récupère l’acide dans l’appareil à distiller et les Sels dans le ballon d’évaporation. La voie alchimique n’est jamais unique et chacun doit expérimenter et choisir celle qui lui convient personnellement.

On peut donc opérer ainsi :

1 ) On pratique l’imbibition décrite dans une notice précédente avec la teinture, sur les Sels. Ensuite, sur une feuille de cuivre propre, on fait l’essai du Sel fondant comme de la cire sans fumée et qui se resolidifie en se refroidissant. Si ce test est concluant, on cherche un solvant de ce Sel, soit :

– de l’eau distillée

– de l’alcool dilué

– du vinaigre ordinaire distillé simplement (nous reviendrons sur ce point).

On emploie cet élixir à la dose suivante : 1 grain, soit environ 50 milligrammes de Sels dans un verre de liquide. Si par exemple, 100 cm3 de vinaigre ont dissous un gramme de Sel, il faudra 5 cm3 de cette solution dans un verre d’eau ou de vin. Il est bon de garder la solution mère une quinzaine de jours car elle ne doit pas faire de dépôts.

2 ) On verse la teinture et les Sels dans un ballon sur lequel on monte un réfrigérant. On circule ainsi quelques heures (suivant la méthode décrite précédemment). On sépare Sels et teinture, on calcine les Sels et ainsi de suite.

  1. a) Après 10 à 12 circulations, les Sels sont dissous dans la teinture, l’élixir est terminé.
  2. b) Les Sels ne se dissolvent pas, la teinture se décolore. Il faut faire l’essai de fusion sur le Sel et on procède comme la suite de l’imbibition précédente.

3 ) On distille la teinture si on a :

– les huiles essentielles

– le Mercure transparent purifié

– les Sels blancs

On pratique l’imbibition des Sels avec le Mercure transparent en dehors du laboratoire car le Sel « s’ouvre » dans cette opération et peut absorber un Soufre parasite impossible à extraire. Quand le refus du Mercure est atteint, on pratique l’imbibition avec les huiles essentielles. Puis on met à digérer à 42 °C ; on surveille les couleurs qui doivent être blanches au départ puis noires, jaunes et rouges.

Si ceci est atteint, on a une pierre végétale qui doit pouvoir séparer les macérations végétales sans aucun feu. La réussite en ce cas dépend de la qualité du Sel au départ et de l’absence de Soufre. La digestion avec les phases de couleur peut demander de neuf mois à un an.

Cette pierre doit être insoluble à l’eau. Si ce n’était pas le cas, ce serait dû à la quantité ou la qualité de Soufre (huile essentielle) qui aurait été insuffisante.

4 ) On place dans un petit ballon de forme haute, rempli au tiers, la même quantité d’huile, Mercure et Sel et on le place en digestion. En fait, il doit y avoir circulation. L’ensemble doit s’homogénéiser et donner un élixir volatil. Dans cette méthode, les sels doivent avoir été extraits seulement à l’eau distillée, tandis que dans les cas précédents, il valait mieux les avoir extraits à l’eau et à l’acide acétique.

Note : à propos du terme « fécès », si on prononce fécès, c’est la consonance latine de ce terme. L’équivalent français est fèces, terme médical, du genre féminin et qui signifie excréments, déjections.

NOTICE 18

Examinons aujourd’hui l’intérêt que présentent certains livres de langue anglaise. « Alchemy recovered and restored » de COCKREN : ce livre intéresse ceux qui veulent envisager le travail sur le métallique. Il contient environ 70 pages de conseils pratiques sur une voie peu coûteuse « Pursuit of Gold » de LAPIDUS : il concerne une autre voie métallique, son aspect pratique est important.

« Art of Distillation » de John French : recueil de procédés en clair, tels que l’extraction du Mercure Philosophique.

Reproduction de « Britannicus Encyclopedia » de 1770 : recueil de procédés spagiriques et alchimiques, extraction en clair du kermès minéral, traitement des huiles des plantes, des métaux, etc.

Les deux tomes d’« Alchemical Writings of Paracelse », traduits du latin en anglais par

A.WAITE : livre touffu, mais d’un extrême intérêt. Il demande déjà une bonne connaissance alchimique.

Nous avons donné dans nos précédentes notices quelques lueurs sur la Pierre Végétale.

Cette question sera plus approfondie dans une prochaine Notice.

Toutefois, nous devons dire que :

– pour la Pierre Végétale,
– pour la circulation mineure (Circulatus Minus),
– pour le Grand Elixir,
– pour la Pierre Philosophale,

il existe toujours plusieurs voies différentes qui mènent toutes au résultat. De nombreuses variantes sont possibles à l’intérieur de chaque voie. Ce que nous donnons dans cette notice ne concerne qu’une voie pour la Pierre Végétale. Elle n’est ni la plus aisée ni la plus rapide, mais la seule possible pour l’état actuel de notre travail. Nous donnerons plus tard d’autres indications sur d’autres voies, en particulier en ce qui concerne le Circulatus Minus.

Les élixirs de la précédente notice faits avec le Soxhlet, sont obtenus à partir de végétaux secs, car il est inutile de purifier le mercure végétal si on le contamine avec l’eau de la plante. Etudions maintenant une première méthode de travail des végétaux frais, que nous avons déjà abordée en partie dans la Notice 13.

La maîtrise du règne végétal est obtenue quand on a réussi soit la fabrication d’un circulé, soit d’une Pierre Végétale. Le circulé et la Pierre ont l’avantage, sur les menstra ordinaires, de faire en même temps la séparation et la purification. Si on plonge une plante sèche pilée dans le Circulatus Minus (nom du circulé végétal), le Soufre contenant le Sel dissous nage à la surface. L’Esprit est dissous dans ce circulé, la terre tombe au fond du flacon.

Il en est de même si on plonge la Pierre dans la macération d’une plante. Ici, la macération est faite avec de l’eau de pluie et une plante fraîche. La Pierre ne doit pas fondre et peut servir indéfiniment, la fabrication de la Pierre est longue. Nous allons en donner le processus avec ses diverses variantes possibles.

PIERRE VÉGÉTALE

Le choix de la plante est important mais peu de plantes sont satisfaisantes. Il est en effet nécessaire que la plante donne un maximum d’huile, qu’elle fermente correctement et que le sel soit relativement abondant. Nos expériences nous ont montré que les graines de carvi ou les fleurs de lavande convenaient à ce travail. Il faut d’abord extraire le Soufre sous forme d’huiles essentielles par la méthode décrite dans la Notice n° 13 (un extracteur simple est décrit dans la Notice n° 16). Cette extraction doit être renouvelée trois ou quatre fois à vingt-quatre heures d’intervalle afin de sortir toute l’huile de la plante.

Une première purification du Soufre peut être faite par une distillation sous vide. Il est aussi possible, mais non indispensable de le purifier en le dissolvant dans de l’alcool absolu, puis en le filtrant et en le distillant.

Il faut ensuite mettre la plante en fermentation avec l’eau qui a servi pour l’extraction à la vapeur. On peut ajouter un peu de plante fraîche pour aider au départ de la fermentation. Si celle-ci ne part pas, on met un peu de levure provenant si possible d’un fond de cuvée de vin. Ceci est un pis-aller, comme la levure de bière, et il faut en mettre très peu. Pour cette opération, (voir la Notice n°14), on distille lentement pour récupérer le mercure végétal qui doit être rectifié 7 fois. Certains auteurs allemands font la fermentation avant l’extraction des huiles. Ceci est possible, mais ne nous paraît pas avantageux dans ce cas. Si la fermentation naturelle est plus aisée à obtenir, on perd sur les huiles alors qu’elles ne sont déjà présentes qu’en très faible quantité.

On sépare le solide du liquide, on calcine au blanc les résidus solides qui, une fois refroidis, sont mélangés avec l’eau de l’extraction et de la fermentation. On filtre cette eau et on évapore jusqu’à coagulation du sel. Celui-ci est alors dissous dans de l’eau de pluie fraîchement distillée, et on le coagule à nouveau après filtrage, ceci deux ou trois fois. On place les sels dans un flacon assez haut, si possible à col long. Après que le résidu solide ait été calciné au noir, puis au gris, on place un couvercle en porcelaine ou en verre dur au-dessus du récipient de calcination. Il est possible que des sels se déposent sur ce couvercle. Ils doivent être récupérés et mélangés au Soufre s’ils se révèlent insolubles dans l’huile. Il faut pratiquer la distillation répétée de ces huiles sur ces sels.

On mélange moitié-moitié Soufre et Mercure que l’on verse sur le Sel afin qu’il reste environ 1 cm de liquide au-dessus. On bouche hermétiquement le flacon qui ne doit pas être rempli à plus du tiers de sa hauteur, et on le met en digestion-circulation pendant une semaine.

Au bout de cette période, on distille le Soufre et le Mercure ; on calcine le sel quand il est sec. Quand ce dernier est refroidi, on reverse le mélange Soufre-Mercure et on met à nouveau en circulation pendant une semaine.

L’opération est renouvelée jusqu’à ce qu’à la calcination, le sel fonde comme de la cire sans dégager de fumée. La Pierre est alors achevée. Il faut en prendre un petit morceau pour savoir si elle fond dans l’eau. Si c’est le cas, remettre la Pierre dans un flacon avec un mélange plus riche en Soufre, Soufre 90, Mercure 10.

Refaire deux ou trois calcinations circulations, et essayer à nouveau. C’est le manque de Soufre qui rend la Pierre soluble.

Il faut utiliser un flacon en verre Pyrex. On distille sans sortir la Pierre, mais pour la calcination, le sel doit être sorti. Si on veut éviter cette manipulation, un flacon en quartz, matériau très coûteux, doit être utilisé à la place du flacon en verre Pyrex. Une Pierre bien réussie doit faire la séparation en vingt minutes environ. Certaines Pierres, moins actives, demandent jusqu’à 24 heures.

La Pierre possède au plus haut degré les propriétés de la plante dont elle est issue. Mais elle extrait les éléments de n’importe quelle autre plante et, dans ce cas, ces éléments sont extrêmement puissants.

Pour la cohobation, des variantes sont possibles. Certains auteurs conseillent pour débuter une cohobation Soufre-Sel, une séparation du Soufre par distillation et, ensuite seulement, cohobation des trois.

Chacun a sa méthode, et nous espérons que chacun d’entre vous, suivant sa façon de « sentir » la Nature, parviendra à la sienne.

PRATIQUE ALCHIMIQUE

Un des problèmes que vous avez pu rencontrer ou que vous rencontrerez inéluctablement dans le travail pratique est celui des odeurs dégagées par certaines expériences. Chacun de ceux qui se sont trouvés confrontés à ce problème sait combien il est difficile de se débarrasser des odeurs dégagées par certaines expériences ou, problème encore plus délicat, de trouver une explication plausible à offrir à un voisin qui vient s’inquiéter de son environnement proche…

La planche jointe décrit un dispositif destiné à neutraliser les mauvaises odeurs mais aussi les vapeurs acides dangereuses.

L’ensemble comprend quatre flacons ; les tubes qui relient ces flocons entre eux et à l’ensemble de distillation ont 8 mm de diamètre extérieur. Les fioles 2 et 4 servent à empêcher que les liquides se mélangent ou contaminent les produits de distillation en cas de dépression. Le flacon 1 peut contenir une solution de potasse et le flacon 3 une solution d’acide acétique. Les tubes plongeurs doivent être dotés d’un bout effilé pour que les petites bulles soient plus aisément neutralisées. On peut également adapter à chaque tube un dispositif anti-retour (dispositif A) qui est formé d’une petite bille d’acier placée entre deux tubes de 8 mm.

Planche : Dispositif anti-odeurs.

NOTICE 19

Tous les Alchimistes sont d’accord sur le fait que les conditions astrologiques agissent sur les processus alchimiques. Mais ainsi que le dit le proverbe chinois : « L’étoile conduit le fou mais le Sage guide son étoile ».

Nous avons donc le choix entre deux attitudes : subir les conditions astrologiques ou tenter de les maîtriser par diverses techniques. En ce qui concerne le processus alchimique végétal, il est plus important d’attendre le moment favorable pour opérer.

ALCHIMIE VÉGÉTALE PLANÉTAIRE

Dans l’alchimie végétale, la planète déterminante est la lune. Il faut ici considérer la lune comme le soleil en astrologie classique en y apportant toutefois quelques modifications, dues aux phases différentes des deux planètes.

De la nouvelle lune à la pleine lune, cette planète sera dite positive ; de la pleine lune à la nouvelle lune, elle sera dite négative. Si nous voulons enrichir en élément vital, la phase favorable est la « lune positive » ; telles seront alors les opérations de dernière cohobation avant digestion ou distillation avec cohobation ou mise en circulation. La lune négative sera favorable aux opérations de distillation, de séparation ou purification, de séparation du pur de l’impur. Toutefois il est bon quand cela est possible de terminer un menstruum dans la zone de la pleine lune.

Revenons maintenant à notre Notice n° 9 où figure un schéma du ciel chimique (planche

n°2). Au cours de la lunaison, la lune parcourt la totalité de 12 signes. Et ceci détermine un autre aspect : si elle est dans le Sagittaire, elle sera positive pour les plantes de Jupiter, par exemple la mélisse. Dans les Poissons, elle sera négative pour les mêmes plantes.

Cette seconde action est certainement moins puissante que celle des phases de la lune ellemême, mais il est évident qu’il y a intérêt à mettre en accord ces 2 effets.

Mais par suite de la rotation de la terre autour du soleil, il se produit un déplacement des phases de la lune par rapport aux signes. Par conséquent, l’accord positif ou négatif maximum des deux effets ne se trouve pas à chaque lunaison. La nouvelle lune se trouve dans le même signe que celui où se trouve le soleil. La pleine lune se trouve dans le signe opposé à celui où se trouve le soleil au même instant.

On peut trouver le signe dans lequel se trouve la lune dans la presse spécialisée en astrologie mais on peut aussi trouver ce signe, d’une manière approchée il est vrai, par la méthode suivante : connaissant la date de la nouvelle lune, on cherche dans quel signe le soleil se trouve ce jour-là. La lune est dans le même signe à la même position que le soleil.

Ensuite on calcule le nombre de signes parcourus par la lune en sachant qu’elle parcourt un signe en 2 jours ¼ (valeur moyenne approchée). Ainsi 9 jours après la nouvelle lune, celleci a parcouru 4 signes. On remarquera que durant la lunaison complète, la lune parcourt presque 13 signes (12,97). Cette méthode n’est pas absolue par suite des irrégularités de marche de la lune ; aussi si l’on opère près du commencement ou de la fin d’un signe, il vaut mieux se référer à une table des positions lunaires.

Les considérations qui précèdent sont surtout valables dans les grandes opérations végétales ou dans la préparation des éléments nécessaires à celles-ci, comme la Circulation Mineure, la Pierre ou l’Élixir complet.

Pour ce qui est des niveaux subalternes : élixir sans séparation de Mercure-Soufre ou préparations spagiriques rapides, que nous examinerons ultérieurement, les spagiristes allemands emploient la méthode suivante : travail de la plante à son jour, Jupiter-jeudi, Soleil-dimanche mais le commencement du vrai travail, par exemple l’extraction, ne se fait qu’avec le lever du soleil.

Nous reviendrons sur ce sujet, surtout lorsque nous aborderons le travail métallique, mais nous pensons que ce qui précède est un guide suffisant pour le travail végétal.

MÉTHODE DE PARACELSE

Nous avons déjà expliqué quelques-unes des méthodes de séparation des trois principes végétaux et aussi de leur cohobation. Ces méthodes ne sont pas toujours pratiquement applicables. L’extraction de la teinture à l’alcool absolu et avec le Soxhlet n’est possible que sur les plantes sèches. Mais dans ce cas la séparation dans cette teinture du Soufre et du Mercure n’est pas toujours possible ni même souvent avantageuse. D’autre part, il existe des plantes comme la vigne dont l’huile est fixe ; en ce cas, la seule extraction possible est par la compression mécanique ou par l’utilisation de solvants d’usage dangereux, comme le diéthyle oxyde.

La méthode de Paracelse a l’avantage de demander peu de matériel. De plus elle est applicable à presque toutes les plantes sèches ou fraîches. Enfin, elle abîme beaucoup moins les produits que la distillation quadruple dont nous nous préoccuperons ultérieurement.

Pour que son mécanisme soit plus aisé à suivre, nous présentons un diagramme des opérations.

1 ) La plante est mise en macération dans de l’eau de pluie (de préférence distillée) pendant 24 ou 48 heures, la plante ne doit pas être tassée.

2 ) On distille l’ensemble et on récupère D, le distillat, l’eau de la distillation ; R est le résidu dans le ballon. La distillation est arrêtée juste au moment où R devient sec.

3 ) R étant refroidi, on reverse D, l’eau, sur la plante. On laisse en macération 24 heures. On distille à nouveau jusqu’au sec. On chauffe le résidu R’ environ 10 minutes.

Note pratique : Si on opère ce chauffage à sec dans le ballon de distillation, même en Pyrex, il est certain que celui-ci ne résistera pas. On peut donc sortir le végétal et le calciner dans un plat. On arrête dès qu’il commence à fumer. Seuls les ballons en terre ou en quartz résistent à cette opération ; mais les uns sont peu pratiques et les autres valent une fortune. Après chaque chauffage les résidus solides sont réduits en poudre.

4 ) L’eau D’ est versée sur le végétal et on laisse en macération 24 heures. Distillation : si on a une ampoule à décantation, elle servira à recueillir l’eau. Sinon, on recueillera l’eau dans un flacon à large ouverture : un Bécher ou une bouteille coupée. On s’efforce alors de recueillir l’huile qui est en surface de l’eau D”. Le végétal sec R” est chauffé comme précédemment mais pendant le double de temps. Si on ne fait pas la calcination dans le ballon, il faut que le plat de calcination possède un couvercle même métallique ; les vapeurs qui s’y condensent donnent un résidu résineux brun noir qui doit être ajouté à l’huile déjà recueillie.

Note pratique : Ce résidu est souvent malaisé à récupérer, on peut y parvenir en le dissolvant dans du trichloréthylène distillé et on ajoute ceci dans le flacon d’huile.

5 ) Cette opération est répétée au moins 3 fois, c’est-à-dire jusqu’à ce que le résidu ne dégage plus d’huile empyreumatique, dite aussi dans certains livres alchimiques « huile puante ».

6 ) Le résidu solide est lessivé plusieurs fois (voir notice sur solve coagula). Nous avons maintenant le Sel et le Soufre de la plante. Là s’arrête le document de Paracelse. Nous allons donc maintenant ajouter un complément de nos propres expériences et études sur le Soufre résultant de ce procédé. Ces conclusions seront applicables dans le cas de la quadruple distillation.

Huiles essentielles ou soufre obtenus par distillation à la vapeur

Ces huiles sont solubles dans 1’alcool absolu ; il est donc intéressant de les dissoudre, par exemple, dans un rapport de 1 à 10. Ceci permet avec l’alcool de récupérer l’huile qui reste collée au verre dans l’extracteur ou le réfrigérant et de ne pas en perdre beaucoup au cours du filtrage. Ensuite on distille pour séparer l’huile de l’alcool. La solubilité de ces huiles diminue à chaque distillation.

Huiles obtenues par compression par la méthode Paracelse ou la distillation

quadruple

Ces deux dernières sont empyreumatiques et dites puantes. Elles sont insolubles à l’alcool absolu normal. Pour le filtrage, seul convient le trichloréthylène ou l’acétone distillé (ce dernier est dangereux). Le trichloréthylène est éliminé par distillation. Ces huiles doivent être distillées 10 à 12 fois ; à chaque distillation leur solubilité augmente. Peu à peu elles approchent de la qualité et même de l’odeur des huiles essentielles.

L’alcool dit tartarisé, c’est-à-dire traité par le Sel de tartre sans distillation, dissout mieux ces huiles et peut servir à leur décantation.

Dans cette méthode, le distillat doit en outre subir une rectification au cas où il contiendrait de l’alcool. Si tel n’est pas le cas, il est préférable de recommencer en faisant d’abord fermenter la plante et en séparant l’alcool du distillat. Dès que la fermentation est terminée, et quand cela est possible, il est toujours avantageux d’opérer la cohobation avec l’alcool de la plante.

Nous étudierons prochainement les caractéristiques des sels essentiels qui doivent être joints aux huiles dont nous avons parlé ci-dessus.

 Planche : Séparation des Éléments (Méthode de Paracelse).

 

NOTICE 20

Beaucoup d’alchimistes, ou de prétendus tels, échouent dans leurs opérations pour la simple raison qu’ils ne connaissent ni la théorie ni ce qui se passe dans les opérations. L’application de recettes de cuisine ne donne jamais de bons résultats en Alchimie ; si l’on ne comprend pas ce que l’on fait, on tue les principes subtils et on retombe de l’Alchimie dans la chimie.

Nous laissons souvent quelques inconnues dans les expériences que nous proposons ; ces inconnues deviennent évidentes pour ceux qui expérimentent. Ils trouvent alors la solution par eux-mêmes ou ils nous questionnent sur leurs difficultés. Si nous agissons ainsi, ce n’est pas parce que nous voulons cacher un certain nombre de clefs ou de principes, mais parce que nous souhaitons que ceux qui participent à notre groupe prennent l’habitude de chercher par eux-mêmes. Nous ne souhaitons pas avoir des suiveurs aveugles, mais des chercheurs indépendants et éclairés.

EXPLICATIONS SUR L’EXPÉRIENCE PROPOSÉE DANS LA NOTICE 3

L’alcool est le vêtement du Mercure dans le règne végétal. Quand la Nature agit, il se produit spontanément des fermentations qui donnent de l’alcool et c’est en lui que se réfugient les principes invisibles de la semence végétale. La graine comprend le vrai principe germinatif invisible, elle n’est pas ce principe.

La macération cognac-plante produit les effets suivants : l’alcool dissout le Soufre végétal et absorbe le Mercure végétal ainsi que diverses impuretés de la plante. L’eau contenue dans le cognac dissout partiellement les sels du végétal ; en effet, ceux-ci ne peuvent être dissous que très partiellement car :

  1. a) l’alcool gêne l’eau dans ce travail,
  2. b) les sels n’ont pas été libérés par la calcination.

Après la macération et la séparation liquide-solide, la calcination effectue la séparation des éléments minéraux et des éléments végétaux et le, ou les, Solve Coagula procurent un sel du règne uniquement minéral. Selon les Anciens, la calcination ouvre les pores du matériel minéral et le sel devient plus ou moins le sel « armoniaque », c’est-à-dire harmonique ; il fixera donc d’une manière harmonique les éléments qui lui conviennent.

Si alors on cohobe le Sel avec la teinture Soufre-Mercure-impuretés, il va absorber le Soufre et les impuretés ; mais s’il est en harmonie avec le Soufre, il ne le sera pas avec les impuretés et la calcination va fixer le Soufre en lui et chasser les impuretés. Ainsi, peu à peu, à chaque cohobation, le degré en Soufre du Sel augmente et les impuretés dissoutes du menstruum disparaissent.

Le Soufre étant le « tingeant », le menstruum se décolore normalement ; il doit revenir au blanc transparent, un peu comme une eau étincelante. Le Sel se charge de Soufre et doit devenir blanc et un peu huileux ; peu à peu, il devient collant et, sur une cuiller retournée, il ne doit pas tomber ; de plus, peu à peu, sa température de fusion s’abaisse. Si le processus était poussé à sa perfection, on aurait un Sel saturé de Soufre et un Mercure parfaitement pur. Mais ceci n’est possible, dans des délais raisonnables, que si nous partons d’éléments différents de notre première expérience.

L’élixir comprend donc 2 éléments : un Sel enrichi en Soufre et un Mercure purifié. La cohobation Sel-Mercure peut conduire à un élixir, le Sel étant dissous par répétition de macération et de distillation dans le Mercure. On a un élément plus ou moins près de la Pierre, soit le Sel-Soufre saturé de Mercure. En réalité le processus de formation d’une Pierre végétale ou métallique est différent de ce qui précède.

La purification des éléments fait que le pouvoir germinatif femelle, celui de Mercure, est souvent atténué ou détruit ; il doit donc être remplacé. Ceci se fait de la façon suivante : on prive le Sel végétal ou métallique de ses éléments Soufre-Mercure par un menstruum approprié ; ensuite on « ouvre ses pores » par calcination ; alors le Sel devient ce que les Anciens nomment un aimant qui ne demande qu’à attirer l’Esprit Astral Universel : le nitre, le prana. En particulier, si on expose ce Sel à l’air ambiant de nuit, au printemps ou en été, il entre en déliquescence et se charge ainsi de « l’eau des anges ». Par exemple du carbonate de potassium ou de la potasse calcinés donnent un liquide huileux s’ils sont exposés la nuit en couche mince sur une plaque de verre. L’eau du carbonate est nommée huile de tartre par déliquescence.

On peut alors cohober ce Sel avec le Mercure qui va alors absorber le pouvoir germinatif, et une distillation très lente et sous vide donnera un Mercure revivifié. Nous voyons donc que le Sel alchimique peut avoir deux fonctions:

– 1) Une fonction de purification grâce à son caractère « armoniaque » avec le Soufre qui lui convient

– 2) Comme aimant, pour attirer le nitre, souvent à travers la rosée atmosphérique

L’OEuf Philosophal est un symbole utilisé par les Anciens : le jaune est le Soufre, le ferment mâle ; le blanc est le Mercure, le ferment femelle ; la coquille est le Sel qui permet l’union des deux. La température d’incubation de l’oeuf est d’ailleurs identique à la température d’incubation de l’OEuf Philosophal végétal et même minéral, au moins à son début.

La véritable Alchimie est la création de l’Enfant Alchimique par la réunion du Soufre mâle, du Mercure femelle avec la matrice du Sel. Si la qualité du Soufre résiste bien au traitement de purification nécessaire, il n’en est pas de même de la semence femelle du Mercure qui est détruite aisément et qui, si elle est libre, retourne immédiatement au Chaos.

Nous reviendrons sur ce sujet dans une notice ultérieure.

Nous espérons que ceci vous éclairera sur les principes mis en jeu dans notre première expérience et sur les suivantes et vous permettra aussi d’éviter quelques erreurs de manipulation.

INITIATION PERSONNELLE PAR L’ALCHIMIE

Nous pensons que maintenant chacun est suffisamment avancé dans la pratique pour envisager la première partie d’initiation personnelle par l’Alchimie. La première phase à accomplir est celle de la préparation psychique, celle que les yogi nomment : nettoyage des nadirs. Il faut débarrasser la partie psychique du corps des impuretés qui empêchent un fonctionnement normal des énergies spirituelles et invisibles. Pour ceci, la première chose à faire est de préparer 7 élixirs, un par planète, en partant pour chacun d’eux d’une plante classée en catégorie 1 dans la Notice 8. Ces élixirs seront faits avec des plantes sèches et un menstruum indéterminé.

Après extraction de la teinture, calcination et lessivage des sels, la teinture sera versée sur le Sel et mise une semaine en macération, puis distillée au sec sur les Sels qui seront à nouveau calcinés. Ceci sera fait trois fois, les Sels étant réduits en poudre après chaque calcination. Ensuite la teinture distillée sera mise en macération une semaine sur le Sel et le résultat sera alors simplement filtré.

Un Alchimiste allemand conseille alors de prendre chaque matin 2 gouttes d’élixir dans un verre d’eau, si possible au lever du soleil : le dimanche l’élixir du Soleil, le lundi celui de la Lune, le mardi celui de Mars, le mercredi celui de Mercure, le jeudi celui de Jupiter, le vendredi celui de Vénus et le samedi celui de Saturne. Peu à peu, la dose doit être augmentée jusqu’à 10 gouttes. En général, on constate une amélioration considérable du fonctionnement spirituel du corps. Il faut compter environ 1 an à 18 mois de cette pratique avant d’envisager les premières phases métalliques.

Après quelques mois on peut envisager de remplacer la série d’élixirs par une seconde série faite avec la séparation complète Soufre-Mercure-Sel. Dans le processus décrit cidessus, il se produit une incorporation du Sel du Soufre dans le Sel et les effets de ces élixirs sont déjà importants. Nous étudierons plus avant l’aspect théorique de ces élixirs au cours de notices ultérieures.

ARCHÉUS ET GUR

Abordons maintenant un des principes fondamentaux de l’Alchimie et qui est à la fois théorie, philosophie et pratique. Dans la Notice 11 nous avons exposé comment le Chaos générait les éléments. Dans la Notice 12 nous avons vu comment les éléments généraient les principes. Reprenons, en la modifiant, la planche n°1 de la Notice 11 (pl. jointe). Sous chacun des éléments nous avons dessiné 3 petits traits qui symbolisent le fait que dans chaque élément les 3 principes Soufre, Mercure et Sel sont présents ; d’ailleurs chaque élément contient aussi un peu des 3 autres car tout est en tout.

Nous aurons donc en 1, le Soufre du Feu ; en 2, le Mercure du Feu ; en 3, le Sel du Feu ; en 4, le Soufre de l’Air ; et ainsi de suite jusqu’à 12 le Sel de la Terre. 1 est le plus volatil, 12 le plus fixe. Le degré de volatilité diminue de gauche à droite et le degré de fixité diminue de droite à gauche.

Dans la nature, l’énergie, l’essence, commence par involuer de 1 vers 12, en 12 étapes obligatoires et dans l’ordre numérique de notre schéma. Arrivée en 12, l’énergie, l’essence, après l’expérience du fixe inverse sa tendance et remonte, évolue vers le volatil dans l’ordre inverse mais toujours sans sauter d’étape. L’Alchimiste doit se soumettre à cette règle : toutes les étapes doivent être franchies une par une ; ce n’est que par l’Art qu’on peut raccourcir la durée d’une étape. Ceci dit, nous devons encore ajouter que seuls les Universels contiennent à égalité, ou sensiblement, les éléments des 12 étapes ; tous les autres mixtes n’en contiennent que quelques phases. D’une manière importante, l’Archéus, ou l’Esprit Universel, contient ces 12 phases de l’évolution.

L’eau peut aussi, dans certains cas, contenir ces 12 phases car l’Archéus peut être concentré en elle. C’est ce que nous allons examiner.

Dans la Notice 11, nous avons donné quelques conseils pour recueillir l’eau de pluie. Mais nous savons que ce n’est pas aisé pour tous. Il existe une autre manière de se procurer de l’eau complète. C’est de ramasser de la neige en hiver. Les corps solides ne perdent leur « nitre » qu’avec la fusion. Tant que l’eau est à l’état de neige, elle est électrique ; il suffit de la faire fondre dans un récipient en verre ou en plastique pour avoir de l’eau complète. Il faut alors la filtrer et lui faire subir les essais expliqués dans la Notice 11 et la mettre à fermenter.

Nous répétons les précautions à prendre :

– 1) Le flacon doit être bouché avec un tissu fin pour que l’air puisse circuler sans que les poussières puissent contaminer l’eau

– 2) L’eau ne doit voir que le moins possible la lumière solaire ou lunaire

– 3) La température ne doit pas être trop faible : c’est bien à 20°, mais c’est encore mieux entre 25 et 30°

– 4) Plus le temps de fermentation est long, meilleur est le résultat : 7 lunaisons suffisent mais 12 sont meilleures.

Ce que nous allons expliquer dans notre prochaine notice au sujet de cette expérience pourra paraître incroyable à certains, aussi nous pensons utile de préciser, a priori, les éléments suivants : ce que nous expliquerons est basé sur des informations orales de deux Alchimistes étrangers et sur deux textes alchimiques, l’un très ancien, l’autre moderne. La synthèse que nous présenterons sera à la fois une synthèse de ces informations orales, de ces deux textes et de nos expériences en ce domaine.

Planche : Les 12 phases évolutives dans la matière.

NOTICE 21

Nous consacrerons l’intégralité de cette notice à notre recherche de l’Archéus et du Gur. Cette expérience peut être conduite dans les trois règnes, et nous l’avons expérimentée dans le végétal, dans le minéral mais pas encore dans le règne animal. C’est à la suite de ces expériences que nous avons été conduits à modifier quelques détails de ce que nous savions sur ce sujet. Nous avons dit au début de notre cours que l’Alchimie animale était exclue de nos notices, et c’est pourquoi nous ne l’avons pas expérimentée. De plus, nous pensons que pour des raisons éthiques très graves, le mieux est de ne pas tenter d’orienter cette expérience vers le règne animal.

Pour que les résultats de l’expérience que nous allons maintenant tenter soient tangibles, il faut disposer de beaucoup d’eau : 40 litres est une bonne quantité ; mais pour des raisons pratiques, il ne faut opérer que sur une quantité d’eau plus petite. Par exemple, si l’on a 40 litres d’eau, on recommence le processus, décrit ci-après, 10 fois ; et à chaque passage on ne traitera donc que 4 litres d’eau car la distillation doit être très lente et ces quatre litres, avec un matériel courant, demandent entre 24 et 48 heures de distillation.

Reprenons la planche de la Notice 20. Puisque 2 est moins volatil que 1, et que 2 est plus volatil que 3, une distillation bien conduite devrait séparer nos 12 éléments. En réalité ceci est impossible et le système de distillation en 4 et 3 phases que nous allons décrire a souvent été utilisé par des Alchimistes anciens ou modernes. C’est très souvent ce qu’il convient de faire lorsque le texte dit : « distillez sept fois ».

Donc, si on décide de distiller quatre litres à la fois, on s’organise de la manière suivante : on équipe un ballon de 6 litres avec une sphère de Kjeldahl et un réfrigérant simple sans reflux. Vu le temps de fonctionnement, un chauffage électrique réglable et comportant si possible un thermostat est préférable.

Ensuite, on prépare les flacons suivants :

– quatre bouteilles de 1 litre

– douze bouteilles de 33 cl (bouteilles de bière par exemple).

Bien entendu ces flacons sont soigneusement nettoyés, rincés à l’eau distillée et séchés.

Dans cette expérience, la propreté est fondamentale. On bouchera les flacons pour les conserver. On les marquera ensuite de la façon suivante :

– ceux de 1 litre :

– Feu

– Air

– Eau

– Terre

– les bouteilles de 33 cl :

– Soufre du Feu

– Mercure du Feu

– Sel du Feu

– Soufre de l’Air

– Mercure de l’Air

et ainsi de suite pour terminer par Sel de la Terre  .

La distillation peut alors commencer. Elle sera conduite comme une distillation philosophique (Notice 14, page 3). Si nous avons déjà une certaine expérience et que nous sommes sûrs de ne pas atteindre l’ébullition, mieux vaut ne pas mettre la sphère à reflux (Kjeldahl). Dans la distillation philosophique, les vapeurs ne « montent » pas beaucoup et la sphère freine considérablement la distillation. De toutes façons, la distillation sera aussi lente que possible et on ne l’interrompra pas, tout au moins pas avant que les ¾ de l’eau ne soient passés. Si l’on est vraiment sûr de se tenir juste à la limite de l’ébullition, répétons-le, on ne posera pas de Kjeldahl. On pratiquera ensuite comme le décrit la planche jointe.

Le premier litre qui passe est stocké dans le flacon Feu A, le deuxième litre dans le flacon Air B et le troisième litre dans le flacon Eau C.

À partir de là, on peut remarquer que l’eau, dans le ballon de 6 litres, semble visqueuse, gluante. Il faut ralentir la distillation à l’extrême. Si elle avait été mise en place précédemment, mieux vaut ici ôter la sphère à reflux de Kjeldahl.

Lorsque 0,8 litre de l’eau de Terre est distillée, on arrête l’opération et on laisse refroidir les 200 cm3 restants. Cette eau est chargée du Gur, la semence universelle qui est très aisément détruite aux environs de 60, 65 °C lorsqu’elle est concentrée.

Deux solutions s’offrent maintenant à nous :

– 1) Achever la distillation au bain-marie, l’eau du bain étant maintenue entre 60 et 65°C. Si on fait le vide dans l’installation, l’eau bout à 55 °C. On récupérera l’eau pour compléter le flacon Terre .

– 2) Suivre la méthode des Anciens qui laissaient cette eau s’évaporer au soleil.

Cependant ce procédé ne permet pas d’empêcher la contamination de l’eau d’une façon appropriée et il rend plus difficile la récupération du Gur.

Quand tout est sec, on recueille avec le plus grand soin un produit brun, marron, un peu soyeux qui reste au fond du ballon. C’est le Gur, la semence universelle des trois règnes. Là s’arrête la première partie de notre expérience. La seconde partie sera consacrée à la préparation de l’Archéus nécessaire à la fécondation du Gur.

Nous reprenons donc notre premier litre, celui du Feu . On peut distiller maintenant avec, par exemple, un ballon de deux litres. Le reste de l’installation est identique à ce qui était utilisé dans notre précédente distillation et la conduite de cette distillation reste la même.

Le premier tiers à être distillé et recueilli est le Soufre du Feu , le second le Mercure du Feu , et ainsi de suite. Quand les trois premières fioles sont pleines, on passe à l’élément Air , et l’on procède de même pour les autres éléments.

Nettoyons maintenant très soigneusement nos quatre flacons de 1 litre .

On opère ensuite de la façon suivante :

Prélever dans les 3 fioles 100 cm3 et verser dans un flacon de 1 litre équipé d’un réfrigérant à reflux. Faire circuler le tout au moins 7 heures (voir la Notice 15 sur la circulation). Il est aussi possible d’envisager une circulation lente et longue, un mois par exemple, soit dans un flacon haut empli au tiers, soit dans un pélican.

Certains auteurs envisagent aussi la cohobation de deux principes, puis de ces deux derniers avec le troisième.

Verser le circulé dans le flacon Feu . Opérer alors de la même manière avec les trois autres éléments. On aura préservé pour chacun 300 cm3 de liquide. Notre planche représente cette solution.

Dans chacun des flacons , on prélève alors 100 cm3 de circulé et on les rassemble dans le ballon de 1 litre pour une nouvelle circulation, courte ou longue comme on choisira, et on procède de la même façon que précédemment.

Nous obtiendrons donc 400 cm3 d’un nouveau circulé qui est 1’ARCHÉUS UNIVERSEL INDÉTERMINÉ.

Si on possède un PH mètre, ce qui n’est pas indispensable, on peut suivre la bonne marche des opérations en s’assurant que les mesures suivantes sont respectées :

– Après la première distillation, les PH seront uniformément de 5

– Les circulés de 300 cm3 auront les PH suivants : 5,7 5,6 5,2 4,7

– l’Archéus circulé aura un PH 4,8.

Si l’on ne possède pas de PH mètre, il ne faut pas tenter la mesure avec des papiers qui risqueraient de contaminer l’eau et qui, de toute façon, sont inefficaces pour mesurer d’aussi petites différences de PH. Seule l’eau du Gur, qui avant évaporation peut atteindre PH 8, donnerait une mesure franche.

Abordons maintenant la troisième et dernière partie de notre expérience. Elle consiste en la préparation d’un ou de plusieurs Archéus déterminés. Dans chaque Archéus, les quatre éléments doivent être présents, mais d’une manière inégale :

– Si la Terre prédomine, nous aurons un Archéus du règne métallique

– Si la Terre et l’Eau prédominent, nous obtiendrons un Archéus du règne minéral

– Si l’Eau et l’Air prédominent, nous aurons un Archéus du règne végétal

– Si le Feu et l’Air prédominent, nous aurons un Archéus du règne animal

Ce sont donc les proportions des éléments qui orientent la fécondation du Gur dans un règne ou dans un autre, et ces mêmes proportions orientent la fécondation à l’intérieur du règne.

Prenons deux exemples :

– 1) Si dans nos quatre flacons de circulés nous prélevons : 60 cm3 , 20 cm3 , 5 cm3 , 5 cm3 , nous obtenons un Archéus du règne minéral proche du métallique

– 2) Si nous prélevons : 10 cm3 , 60 cm3 , 60 cm3 , 5 cm3 , nous obtenons un Archéus du règne végétal.

Bien entendu, le mélange étant fait, il sera circulé comme pour l’Archéus Indéterminé.

L’Archéus de notre choix étant prêt, on imbibe le Gur avec l’Archéus. Le Gur doit être humide sans toutefois que le liquide puisse couler. On pratique cette partie de l’expérience dans un flacon à large col que l’on tient ensuite fermé. Le Gur va absorber l’humidité et se dessécher ; on recommence alors l’imbibition, puis on laisse à nouveau sécher et ainsi de suite jusqu’à ce que le Gur cesse d’absorber l’humidité. On arrête alors les imbibitions et on ouvre le flacon.

Si l’Archéus choisi est du règne végétal, une plante va apparaître au bout de quelque temps. Il faudra alors compenser, mais uniquement compenser, l’humidité prélevée par la plante avec de l’Archéus. Dès que cette plante meurt, il faut la calciner et mélanger ses cendres au Gur. Une nouvelle plante va apparaître et on recommencera les opérations d’humidification, de calcination, de mélange, puis une nouvelle plante apparaîtra, et ainsi de suite. La reproduction se fait sans fécondation, et les plantes qui croissent les unes après les autres forment, généralement, une suite correspondant à un progrès dans l’échelle évolutionnaire.

Si l’Archéus choisi est du règne minéral, le Gur prendra peu à peu, au fur et à mesure des imbibitions, un aspect sableux, et son examen au microscope montrera de petites particules de métal argent et or.

Si on choisit l’Archéus Indéterminé, on peut parvenir, si tout est réussi, à une pierre rouge. Mais cette voie est très difficile à suivre et les résultats en sont fort aléatoires. L’Archéus Universel Indéterminé est un menstrum qui agit dans tous les règnes et qui a déjà des pouvoirs curatifs importants.

Nous déconseillons formellement l’usage de l’Archéus du règne animal, et nous n’en dirons pas plus dans cette Notice. Ceux que la curiosité aiguillonnerait pourraient, avant que d’entreprendre quoi que ce soit, se référer à ce que Paracelse a écrit sur l’homonculus. Cette expérience sur l’Archéus et le Gur est un travail de longue haleine, et il se peut que vous n’ayez ni le temps ni l’endroit nécessaires pour la tenter. Si vous ne l’entreprenez pas, il serait toutefois bon que vous étudiiez le processus de distillation 4+3 car nous donnerons un processus de fabrication de la Pierre végétale qui utilisera ce système.

Planche : Distillation par le Gur et l’Archéus.

NOTICE 22

CIRCULATUS MINUS URBIGERANUM

Si nous donnons la description de nombreuses méthodes ou expériences, ce n’est pas pour que l’étudiant les effectue systématiquement, mais parce qu’en ayant plusieurs voies à sa disposition, chacun peut choisir celle qui lui convient ou qui lui plaît. D’autre part, l’étude de différents systèmes donne à la longue un aperçu assez complet des méthodes alchimiques ou spagiriques, et cela est très important pour favoriser la progression personnelle.

En Alchimie il n’est pas nécessaire d’attendre le bon vouloir d’un maître pour être initié. Par l’étude et l’expérimentation pratique, on parvient peu à peu à l’état d’esprit qui nous ouvre les secrets des livres hermétiques.

Afin d’illustrer ceci, nous donnons dans cette notice la traduction d’un texte ancien. Vous pourrez constater que ledit texte, bien qu’il fasse partie des plus abordables, n’est tout de même pas très aisé à transposer en expérience pratique. Cette lecture et cette réflexion vous permettront de déterminer votre degré d’avancement dans la compréhension hermétique.

Nous nous efforcerons, dans la prochaine notice, de clarifier certains passages ou paragraphes.

Le texte qui suit s’intitule « Circulatus Minus Urbigeranum » est dédié par l’auteur « À tous les vrais amoureux de la Philosophie Hermétique ».

INTRODUCTION

Ayant dans nos précédents aphorismes clairement délivré des règles et instructions infaillibles, nécessaires pour la production de notre grand Élixir, notre Circulatum Majus, le seul vrai secret des vrais Adeptes commandant tous les royaumes de la Nature qui seront, nous n’en doutons pas, pas moins agréables à tous les autres amoureux des Sciences qu’à nos propres disciples ; et étant encore pleinement disposé à les informer : comment se conserver eux-mêmes et les autres en parfaite santé en empêchant tout désordre qui, autrement, leur adviendrait avant qu’ils puissent atteindre à l’accomplissement de leurs désirs. Nous avons pensé pratique de leur fournir de la même façon nos trois techniques différentes pour faire notre Élixir Végétal ou Circulatus Minus qui peut être préparé et conduit à sa plus grande perfection en l’espace d’un Mois Philosophique par tout artiste habile qui comprendra et suivra nos directives sûres. (C’est pourquoi) nous avons mis par écrit ici nos Aphorismes suivants où le travail entier est si évidemment démontré que personne, qui soit un tant soit peu versé en Chimie, ne peut tomber dans l’erreur. C’est pourquoi nous ne doutons nullement que tous ceux qui suivront avec une attention sincère et fidèle et examineront ces aphorismes sans détour se trouveront eux-mêmes obligés de louer Dieu Tout Puissant pour sa miséricorde infinie de nous avoir inspiré de leur ouvrir les yeux, car ils verront ce qui est requis pour leur santé présente et leur bonheur futur, deux choses que nous souhaitons avec coeur à quiconque qui, devenant un vrai philosophe, aime sincèrement Dieu et son prochain.

CIRCULATUS MINUS URBIGERANUM

ou

L’ÉLIXIR PHILOSOPHIQUE DES VÉGÉTAUX

avec les trois techniques certaines de sa préparation

I – Notre Circulatus Minus est seulement un Élixir Spécifique appartenant au Règne Végétal par lequel, sans aucun Feu ou toute autre préparation plus poussée des Végétaux, nous pouvons en un moment extraire leur véritable Essence, contenant leur Vertu, Qualité et Propriété ; ce qui est une grande curiosité chimique, en exécutant des prodiges de Physique et en démontrant quelques Travaux de la Nature.

II – Nous l’appelons Circulatus parce que, quoique souvent utilisé en quelque Extraction ou Expérience Chimique, il ne perd aucune de ses Qualités ou Propriétés, à savoir une particularité rattachée à l’Élixir Universel, appelé aussi Circulatus Majeur car il commande dans les trois Règnes de la Nature, tandis que celui-ci, étant réduit à un seul Règne, est pour cette raison appelé Mineur.

III – Extrait des Larmes indéterminées de Diane quand Apollon est apparu, après la séparation des trois Éléments, la Détermination, Digestion, et glorieuse Résurrection, nous pouvons, sans l’addition de tout autre objet créé, préparer notre Élixir déterminé, qui est le premier, le plus noble et le plus secret art des Philosophes.

IV – La caractéristique de nos Larmes de Diane consiste en leur parfaite et indissoluble union avec la Terre fixe végétale, philosophiquement préparée, purifiée, et spiritualisée, pour l’amour de laquelle elles sont obligées de quitter leur première Propriété Universelle et indéterminée, et d’être revêtues d’une autre déterminée et particulière qui est requise pour notre Circulatus Mineur.

V – Notre seconde façon de préparer notre élixir végétal consiste en une manipulation exacte d’une plante du plus noble degré, se tenant à part, ou soutenue par d’autres : après la préparation de laquelle, sa putréfaction, réduction en une huile, séparation des trois Principes avec leur purification, union et spiritualisation, l’ensemble doit être transformé en une Fontaine spirituelle éternelle, renouvelant toute plante qui sera plongée en elle.

VI – La troisième manière commune consiste seulement en la conjonction d’un Sel Végétal fixe avec son propre Esprit volatil sulfureux, choses qui peuvent être aisément trouvées toutes préparées par tout vulgaire chimiste ; et puisque dans leur préparation le soufre le plus pur, contenant l’esprit, a souffert par leur manipulation non philosophique, ils ne peuvent être inséparablement liés sans un médium sulfureux, par lequel l’Âme étant renforcée, le Corps et l’Esprit sont aussi à travers lui rendus capables de la plus parfaite union.

VII – Le Médium spécifique requis pour l’indissoluble union de ces deux Sujets est seulement une substance sulfureuse et bitumeuse extraite d’une plante vivante ou morte, qui peut être trouvée en diverses parties du monde, et qui est connue de toutes sortes d’hommes ; après avoir été séparée de ses parties féculentes à travers notre Menstrue Universelle, tous les Pores et Atomes du Sel végétal fixe, qui est extrêmement fortifié par ce passage, étant dilatés, (cette substance) est rendue capable de recevoir son propre Esprit et de s’unir elle-même avec lui.

VIII – Pour fortifier le Soufre et ouvrir les Pores du Sel, aucune autre méthode n’est requise sinon celle qui consiste à imbiber ce sel avec la substance bitumeuse sous une chaleur digestive modérée, identique à celle nécessaire à la couvaison des oeufs ; et au fur et à mesure que le sel s’assèche, l’imprégnation (imbibition) doit être répétée à plusieurs reprises, jusqu’à ce que vous le trouviez si pleinement saturé qu’il refuse d’imbiber davantage de matière.

IX – Dans le cours des imprégnations, la masse toute entière doit être remuée au moins neuf ou dix fois par jour avec une spatule ou quelque autre instrument de bois sec, par le mouvement répété duquel la matière bitumeuse reçoit un meilleur accès dans le Corps et perfectionne son opération le plus tôt.

X – Un grand soin doit être pris afin d’éviter qu’en la mise en oeuvre des Imprégnations aucune sorte de débris ou de poussière ne tombe en votre Matière. Pour s’en prémunir, vous pouvez garder couvert votre récipient avec un carton ou toute autre couverture appropriée ; et que rien ne s’en approche qui aurait son propre Soufre intérieur car les Pores du Sel étant très dilatés et ouverts, il peut facilement se déterminer lui-même à tout autre sujet, et ainsi faire échouer votre entreprise.

XI – Si en trois ou quatre semaines de temps au plus tard, votre Sel fixe végétal ne manifeste pas sa pleine saturation, ce serait certainement vain pour vous d’aller plus loin, car vous pouvez être assuré que vous errez soit dans la notion du Sel ou du vrai médium sulfureux, soit dans la mise en oeuvre des Imprégnations.

XII – Quand vos imprégnations sont pleinement accomplies, votre Sel sera alors dans un état favorable pour recevoir son propre Esprit par lequel il est rendu volatil, spirituel, transparent, et merveilleusement pénétrant, entrant en un instant dans les Pores et particules de tout végétal et séparant en un bref moment sa véritable essence ou ses éléments.

XIII – Quoique le sel soit pleinement préparé pour la réception de son propre Esprit, cependant, à moins que vous n’observiez la juste proportion entre eux (à savoir que le volatil prédomine toujours sur le fixe) vous ne pourriez jamais faire quelque union parfaite entre ces deux sujets contraires en qualité mais non en nature.

XIV – Avant de commencer vos Distillations et Cohobations, après l’addition de votre Esprit végétal à son propre sel, une putréfaction de huit ou dix jours doit précéder, durant laquelle l’Esprit sulfureux, renforcé par la substance bitumeuse et trouvant son Sel prêt pour la conjonction avec elle, a le pouvoir d’entrer en ses Pores pour faciliter sa Volatilisation et son union.

XV – Si après six ou sept Distillations et Cohobations du Distillat sur le Résidu vous ne trouvez pas que votre Esprit soit extrêmement aigre et que le Résidu restant soit insipide, ce sera un signe évident que vous avez failli dans la véritable connaissance de l’Esprit végétal qui, étant excessivement volatil, a en sa nature le pouvoir de volatiliser son propre Corps et de s’unir lui-même inséparablement avec lui, le trouvant capable de sa réception.

XVI – Il faut observer que, dans la progression de votre distillation, le médium sulfureux ne s’élève pas du tout car c’est un vrai médium qui intervient pour unir le Corps avec l’Esprit avant la spiritualisation du Corps et, sans son concours, aucune union parfaite de ces deux sujets ne peut être attendue ; ainsi, au contraire, dans le cours du travail, sa participation serait hautement désavantageuse pour eux et renverserait complètement votre opération.

XVII – L’ascension du médium sulfureux quand l’Esprit commence à se déplacer sur son propre Corps pour s’unir lui-même inséparablement, signifie de façon évidente et certaine que vous n’avez pas réglé votre feu comme vous le deviez et que, au lieu de donner une chaleur douce et vaporeuse pour faciliter l’union, vous avez donné une chaleur violente qui l’a détruit.

XVIII – Quand notre Sel est conduit à sa parfaite spiritualisation et réelle union avec son propre esprit volatil, alors vous avez votre Circulatus Minus ou Élixir végétal ou Menstrue avec lequel vous serez capable d’effectuer des prodiges dans le règne végétal en séparant en un moment non seulement leurs principes ou éléments, mais aussi en une seule et même opération le pur de l’impur.

XIX – Si, dans votre Élixir végétal, vous mettez tout végétal vert coupé en morceaux, il se putréfiera en moins d’un quart d’heure sans aucune chaleur extérieure et il se précipitera lui-même dans le fond comme mort (ce qui n’est rien sinon la terre damnée), et sur le haut flottera une huile jaune contenant le Sel et le Soufre ; l’Élixir devient de la couleur de la plante puisqu’il contient son esprit végétal. Si cela ne se passe pas, c’est un signe que vos opérations n’ont pas été philosophiques.

XX – Une seule goutte de cette huile jaune donnée dans des malaises selon la vertu et la qualité attribuées à la plante tous les matins et soirs dans un verre de vin soignera infailliblement et insensiblement ces désordres, et renforcera les esprits vitaux pour purifier le sang en cas de malaise ou d’infection.

XXI – Si vous mettez du corail dans cette Menstrue, vous verrez une expérience admirable. Quoique ses Pores soient plus compacts que ceux de tout autre végétal, il transmet en un instant son Esprit interne dans la Menstrue et, envoyant son Âme et son Corps comme une Huile rouge sang vers le haut, il tombera à la fin comme un excrément gris.

XXII – Cette Menstrue végétale dissout non seulement toutes sortes de résines ou toutes autres sortes de substances du règne végétal, mais aussi toutes sortes d’huiles ou de bases provenant des arbres, séparant leur véritable essence par laquelle vous pouvez accomplir des choses merveilleuses aussi bien sur les corps vivants que les morts, qu’elle préserve pour l’éternité sans ouverture ou préparation ultérieures.

XXIII – Si de la myrrhe, de l’aloès ou du safran, chacun en quantités égales, sont mis dons cette Menstrue, le véritable Élixir Proprietatis (ainsi que le nomme Paracelse), qui est un excellent cordial et qui a une aussi grande efficacité et vertu que l’Élixir Universel luimême, en soignant tous les désordres curables, nagera présentement ou sommet, et son Caput Mortem se séparera de lui-même dans le fond.

XXIV – Quoique cette Menstrue soit spécifique aux végétaux, elle tirera en un moment la teinture des métaux et des minéraux, mais elle ne séparera pas tous leurs principes, n’étant pas la Menstrue appropriée pour de telles opérations. Bien que de tels soufres soient hautement balsamiques et pour les poumons et la rate, notre Élixir dépasse de bien loin de telles préparations que nous indiquons seulement comme curieuses expériences chimiques.

XXV – Puisque cette Menstrue végétale est éternelle, vous devez observer que vous ne perdez rien de sa quantité ou de sa qualité en la séparant de l’Huile et de l’Esprit du végétal, ce qui est fait par une douce distillation au Bain-Marie, le récipient étant très bien luté et séché auparavant. La Menstrue, surnageant avec le Flegme du végétal duquel elle doit être séparée, par une distillation au Bain-Marie pour des usages ultérieurs, laisse son Huile au sommet, unie avec son propre Esprit qui disparaîtra facilement avec une quelconque chaleur commune, ne laissant rien derrière lui, ce qui est la preuve de sa Spiritualisation, Purification et Régénération, qu’il a reçues de la Menstrue.

NOTICE 23

CIRCULATUS MINUS URBIGERANUM

Poursuivons la lecture de l’ouvrage que nous avons abordé dans la notice précédente « Circulatus Minus Urbigeranum ».

XXVI – Extrait de votre huile ou essence de votre végétal ainsi préparé, ou par toute autre manière philosophique (ainsi que nous l’avons précisé dans notre seconde façon de faire l’Élixir) si vous savez le putréfier naturellement sans aucun feu et en séparer tous nos principes, les purifiants et les unissant ensemble inséparablement, étant tous deux rendus spirituels et transparents, vous aurez alors à partir de cette seconde régénération le plus grand Arcane dans le Monde, en ce qui concerne les végétaux aussi bien que pour les minéraux et les métaux, exception faite de l’or et de l’argent.

XXVII – Si cette essence régénérée est déterminée avec votre première matière, elle sera alors dans la capacité radicale de dissoudre toutes sortes de métaux et de minéraux, et principalement l’Or, lequel est dissous imperceptiblement en elle comme la glace dans l’eau commune, et l’or commun vulgaire ne peut plus jamais être séparé, que ce soit par distillation ou digestion. Après une digestion philosophique et une séparation des trois principes avec leur purification, union et digestion puis troisième régénération, vous pouvez préparer la grande médecine des médecins, d’égale vertu et qualité sur les corps humains que le grand Élixir et, avec notre simple mercure, sur les métaux et les minéraux.

XXVIII – La façon de déterminer cette Menstrue régénérée avec votre matière première doit être effectuée par son amalgamation avec elle, par laquelle la menstrue végétale tirant toutes ses qualités et propriétés et les unissant avec les siennes propres, est rendue capable des mêmes vertus et propriétés, comme notre mercure simple dissolvant et volatilisant tout objet créé qui viendra à son contact.

XXIX – Quelques-uns sont d’avis que les deux Élixirs peuvent être produits à partir de plusieurs objets déterminés comme les excréments humains, la rosée (qu’ils appellent Eau des nuages) etc., et aussi que le Grand Élixir peut être préparé à partir de celle-là ou de toute autre Menstrue végétale régénérée ; mais puisque nous savons que de telles Menstrues, qu’ils appellent leur Mercure Philosophal, et bien qu’elles puissent dissoudre et volatiliser les métaux, cependant ne peuvent améliorer aucun d’entre eux car leur dissolution et volatilisation ne sont ni naturelles ni philosophiques, nous pensons avec de bonnes raisons que toutes ces opinions ne sont que de fausses suppositions et des notions imaginaires et non fondées.

XXX – Nous, avec notre divin maître Hermès, affirmons solennellement que le Dieu Tout Puissant ayant, après avoir créé toutes les choses, commandé à chacune d’entre elles de procréer à partir de son propre genre, nos élixirs ne doivent pas être produits par des moyens sophistiqués, ainsi que nous l’avons fait clairement apparaître dans les aphorismes précédents et présents dans lesquels nous avons donné ample instruction pour la préparation de l’ Élixir Universel à partir de notre matière indéterminée, et le spécifique à partir de la racine des végétaux.

XXXI – En dehors de la véritable affection et charité que nous avons pour tous les amoureux de l’Art, nous avertissons quiconque qui désirera préparer l’un de nos Élixirs, de suivre seulement nos règles infaillibles, étant la somme de l’entière pratique et théorie d’après les philosophes véritables, et sans critiquer les autres, car quelques-uns ayant enseigné le sujet à partir de on-dit, d’autres à partir de lectures, et très peu à partir de leur propre pratique, ils peuvent facilement s’en laisser imposer et illusionner par tout pseudochimiste ou prétendu adepte.

COMMENTAIRES

Voici donc ce texte que nous considérons comme l’un de ceux qui posent le moins de problèmes au lecteur. Il sera certainement bon que nous le relisions plusieurs fois avant d’en retirer un début d’enseignement.

Pour aider à cette étude, nous donnons ci-dessous un certain nombre de commentaires sur chaque paragraphe. Le numéro de chaque commentaire se réfère au paragraphe correspondant.

I – Le Feu est nécessaire pour préparer le Circulatus. Il ne servira pas pour son emploi, mais on l’utilisera pour sa récupération.

II – Dans le cas précis, circulation signifie macération, percolation ou, suivant les moyens modernes, extractions avec le Soxhlet.

III – La séparation des trois éléments signifie que le Soufre, le Sel et le Mercure doivent être séparés sous la forme d’huiles essentielles, esprit et résidu minéral. Ce premier processus de préparation se fait par l’application du Mercure Philosophique d’origine minérale dans le végétal. La préparation est très rapide.

IV– Une séparation totale de ces trois éléments essentiels est impérative. Sans elle, rien ne peut être accompli par la suite. Cela signifie que le Mercure Philosophique devient spécifique du règne végétal dans cette opération.

V – On peut utiliser un mélange de plantes ou une plante seule. La préparation commence par la putréfaction, qui signifie fermentation. L’esprit (alcool) est libéré. À partir de cette teinture on distille l’huile ou le soufre alchimique. Le troisième principe, sel ou minéral, n’est pas mentionné. Mais tous trois sont nécessaires pour le retour, le renouveau et le renforcement de la propre force vitale de la plante, afin qu’elle puisse revivifier les plantes faibles ou mortes. Dans ce second processus, la séparation se fait sans le Mercure Philosophique. La purification arrive après la séparation. Ce processus est identique à celui de la Pierre Végétale solide ; il n’en diffère qu’à la dernière étape.

VI – On peut se procurer le sel chez un chimiste (droguiste). Il s’agit presque d’un paradoxe car les alchimistes déclarent que l’on ne peut obtenir leurs préparations dans la boutique d’un droguiste ou d’un apothicaire. Mais il est question ici d’un produit sans soufre et sans mercure et qui peut donc être acheté chez le droguiste pour atteindre le but recherché.

VII – Le texte insiste ici sur la matière sulfureuse appelée également bitumeuse. Il y a ici un rapport direct avec la substance résineuse qui est attachée au Soufre pur alchimique de la plante. L’extraction peut être faite sur la plante fraîche ou sur la plante séchée. Lorsque le Sel a été bien purifié, il est prêt à recevoir l’huile essentielle purifiée et l’esprit purifié, c’est-à-dire l’alcool.

VIII – L’opération est ici clairement décrite ! Ce qui est appelé bitumeux n’est rien d’autre que le résidu calciné du soufre, que l’on connaît aussi comme le Sel du Soufre. On le met dans une cornue avec les résidus calcinés au noir (carbone) de la plante qui a subi l’extraction. On effectue une distillation sous vide par l’ancienne méthode, à une température qui ne doit pas dépasser celle de la couvaison des oeufs. Le Sel du Soufre est le sel volatil de caractère organique qui peut être séparé par la sublimation. La distillation est poussée au sec, puis on reverse le distillat sur la substance bitumeuse jusqu’à ce que le sel devienne de plus en plus clair. Ce procédé est répété jusqu’à ce que ni alcool ni huile ne soient retenus. La quantité récupérée à la distillation est égale à celle qu’on y a introduit.

IX – Le contenu de la cornue doit être agité au moins neuf à dix fois par jour avant et après chaque distillation pour permettre une meilleure pénétration et un blanchiment plus profond de la substance.

X – Lorsqu’on utilise une cornue pour la distillation, il faut prendre soin de ne pas y introduire de matière étrangère. Le Sel, lorsqu’il devient plus subtil, attire les poussières ou de fines particules qu’il serait alors malaisé d’extraire.

XI – Si après trois ou quatre semaines, le sel n’est pas saturé par son Mercure et son Soufre, quelque chose est défectueux. Le processus doit être stoppé et on doit alors recommencer toute l’opération.

XII – Lorsque ces imprégnations sont conduites suivant cette méthode, le Sel doit théoriquement se présenter comme une substance cristalline transparente. Notre expérience propre ne nous a pas montré ce résultat, mais une substance d’un blanc opaque.

XIII – La quantité de chacun de ces trois essentiels est importante. Quand le Sel ne veut plus s’imbiber davantage de Mercure et de Soufre, la Nature a trouvé son propre équilibre.

XIV – Le Sel doit être saturé de sa teinture (Mercure et Soufre ; c’est le Soufre qui teint), et doit rester pendant huit à dix jours pour ouvrir les Pores du Sel (pour dissoudre ses substances solubles).

XV – Il faut prendre soin que rien ne soit perdu de l’esprit volatil. Chaque partie est nécessaire pour la pénétration du Sel dans le processus de répétition des cohobations de l’Esprit et du Sel.

XVI – Le Soufre ne doit pas distiller et ne distillera pas au-delà de l’Esprit, mais il sera de plus en plus uni au Sel (mariage alchimique).

XVII – Éviter ici une chaleur excessive : autrefois la chaleur nécessaire à cette opération était donnée par le bain-marie.

XVIII – Lorsque le Sel est réellement uni avec son propre esprit volatil, la petite circulation est achevée.

XIX – Lorsqu’une plante différente de celle du circulatus est finement coupée et placée dans cet Esprit distillé en XV, la terre morte damnée tombe au fond pendant que l’huile contenant le Sel surnage. Les trois essentiels sont extraits et purifiés par la puissance de l’esprit du Menstruum. L’Esprit est récupéré par une distillation du circulatus.

XX – Une goutte de l’huile d’une plante ainsi préparée, dans un verre d’eau ou de vin, a une grande vertu médicinale.

XXI – Ce menstruum agit sur le corail, c’est-à-dire sur un élément à la limite du minéral.

XXII – Ce menstruum peut également purifier et séparer les principes des éléments végétaux tels que huile, résine, gomme…

XXIII – L’Élixir de Paracelse qui a des propriétés proches de celles du grand Élixir est préparé à partir de trois plantes traitées en quantités égales.

XXIV – Ce menstruum peut extraire les teintures métalliques mais il ne peut pas dissoudre les métaux comme le Mercure Philosophique le fait. Cette extraction a été démontrée pratiquement.

XXV – Une distillation lente au bain de vapeur régénère le menstruum.

XXVI – Ce qui est expliqué ici est contraire aux principes alchimiques et signifie seulement que le menstruum peut extraire la teinture minérale mais qu’il ne peut effectuer de transmutation.

XXVII – Tout ce paragraphe n’est vrai que si le menstruum est uni au Mercure philosophique.

XXVIII – Les trois principes alchimiques trouvés dans la Nature et unis par l’esprit du Mercure Philosophique peuvent réaliser des opérations que chacun séparément ne peut faire.

XXIX – Une distinction doit être faite entre ce qui extrait une teinture et ce qui dissout une substance. Tous les menstra ne sont pas ainsi, quoique le commun des mortels pense qu’il s’agit du Mercure ou du Mercure Philosophique, et les nomme ainsi.

XXX – C’est seulement par une connaissance d’inspiration divine que ces élixirs peuvent être produits.

XXXI – Le respect des prescriptions peut éviter de nombreuses désillusions, mais seule la pratique alchimique peut conduire à un résultat valable. Le circulatus est d’un usage moins aisé que la Pierre Végétale, mais il autorise d’autres expériences.

APPLICATION PRATIQUE

Comme application pratique de ce texte, on pourra essayer cet autre procédé pour la Pierre que nous avons retrouvé dans un texte ancien. Nous ne l’avons pas éprouvé à ce jour.

– Mettre 800 g de grain de blé en fermentation dans quatre litres d’eau, et ceci pendant 6 mois, jusqu’à ce que le tout soit réduit en bouillie.

– Effectuer une distillation suivant les principes de celle adoptée pour le Gur, mais ici on a la suite Mercure, Soufre et Sel, l’huile distillant après l’alcool.

– Distiller l’eau en trois fois, mais le résidu est également distillé pour obtenir les résines épaisses.

– En ce qui concerne la terre, la troisième partie est le résidu fixe, c’est-à-dire le Sel de la Terre.

– Cohober une partie égale des liquides de 1 à 6 et les verser sur les résidus solides de 12. Après six semaines de digestion, le liquide doit se colorer de vert. 1 à 6 représentent la partie active positive de la plante.

– Les parties 7 à 12 représentent les portions passives de la plante et elles sont ensuite cohobées avec les sels de la plante.

– Quand rien ne veut plus être absorbé, le résidu solide est fondu et, une fois refroidi, est saturé avec l’huile essentielle de la plante. La Pierre est alors terminée.

Ora et Labora !

Texte joint : Commentaires de Manfred Junius

– Gravure sur cuivre (Diane et Apollon)

COMMENTAIRES de MANFRED JUNIUS sur le CIRCULATUS MINUS

(pour éclaircir le travail pratique)

1 – Il est véridique que si le Circulatum Minus est correctement et bien préparé, il ne perd rien de sa vigueur même après un usage répété. Un Circulatum que l’auteur fit dans son laboratoire il y a un certain nombre d’années continue à séparer instantanément en ses trois principes essentiels toute plante fraîche qu’on y plongera.

2 – Les Larmes de Diane sont le Mercure, l’alcool éthylique indéterminé ou pur, c’est-àdire l’alcool éthylique qui n’a pas encore été spécifié par l’addition de quelques sels minéraux (Terre fixe). Lorsqu’Apollon a fait son apparition : après que le Soufre volatil, c’est-à-dire les huiles essentielles, ait été extrait de l’espèce végétale choisie, par exemple grâce à une distillation à la vapeur. L’apparition d’Apollon, la distillation des huiles essentielles, est toujours la première étape de la séparation. Urbigerus déclare que la séparation d’une espèce en ses trois principes essentiels (qu’il nomme ici les éléments) est nécessaire à l’accomplissement de l’oeuvre. Le mercure est alors spécifié par l’addition des autres substances purifiées. C’est-à-dire le Sel ainsi que le Soufre fixe et non fixe, cela étant suivi par une digestion et des distillations subséquentes. De cette façon nous pouvons préparer le Circulatum Minus à partir d’une seule chose sans aucune addition. Urbigerus considère que c’est le plus noble moyen de préparation.

3 – Urbigerus nous dit clairement ce qu’il veut dire par détermination des Larmes de Diane. Mais le Sel tiré du corps de la plante (Terre fixe végétale) doit être préparé alchimiquement, c’est-à-dire correctement calciné, purifié et spiritualisé (rendu volatil) et par cela leur nature est transformée.

4 – Urbigerus fait allusion à la vigne au cours de ce que l’on nomme l’Opus Vini, où l’on travaille sur le vin, se présente à un certain moment une étape où l’oeuvrant peut choisir entre un résultat liquide et volatil ou un résultat fixe, une pierre. En ce qui concerne la « réduction en une huile » le lecteur pourra aussi se référer au « Glauberus Concentratus » et à l’« Opera Vegetabilia » de HOLLANDUS. Le procédé est trop long pour pouvoir être décrit ici, c’est pourquoi nous nous concentrerons sur la première et la troisième méthode de réalisation du Circulatum.

5 – La conjonction d’un Sel fixe végétal (tiré du corps de la plante grâce à la calcination et des extractions et purifications ultérieures) avec son propre esprit sulfureux est utilisée dans la préparation. L’esprit volatil sulfureux est une essence alcoolique distillée à partir d’une plante (« Esprit sulfureux » désigne toujours un distillat alcoolique contenant l’huile essentielle, c’est-à-dire le Soufre volatil de l’espèce). Ces alcoolats aromatiques étaient couramment vendus par les apothicaires et de nombreux traités sur l’art de la distillation y font allusion. « L’eau des Carmélites » et « L’eau de la Reine de Hongrie » sont de célèbres exemples de ces distillats composés. Cependant, ces « eaux », ou esprits sulfureux, sont des distillats et, par conséquent, leur fait défaut la partie fixe du Soufre, laquelle en raison de sa nature non volatile ne passe pas à la distillation et à cause de cela est laissée à part. Du point de vue alchimique, ce fractionnement est non philosophique car la partie fixe du Soufre contient l’autre partie de l’âme (nous verrons plus loin que les acides organiques qu’elle contient sont la clef du secret de la volatilisation des Sels). Puisque les acides organiques présents dans le distillat ne sont pas suffisants à la réalisation de l’opération, on devra en ajouter de l’extérieur. Ainsi le Soufre sera renforcé et agira en tant que catalyseur dans la réunion du corps et de l’esprit, le Sel et le Mercure. Dans l’aphorisme qui suit, Urbigerus nous dit ce qu’est cette matière sulfureuse et d’où on peut l’obtenir.

6 – Urbigerus fait clairement allusion aux résines. Celles-ci sont des mélanges complexes, principalement de substances aromatiques possédant des propriétés acides, d’autres alcools, des phénols et des substances hautement désaturées. Les résines sont proches des terpènes. On obtient les résines par l’incision de certains arbres, principalement des pins, des sapins, des mélèzes, ainsi qu’un certain nombre de variétés exotiques. L’ambre est une espèce particulière de résine. Le texte allemand d’Urbigerus contient une phrase concluante : « Und von allen Arten derer Meerfischern erkandt wird » (« et cela est connu de tous les poissons de la mer ou des pêcheurs de la mer »). (C’est cette allusion évidente à l’ambre qui mit l’auteur sur la bonne piste). L’acide succinique que contient l’ambre est un merveilleux catalyseur. Mais Urbigerus nous dit lui-même quelles sont les sortes de résines qu’il considère comme convenant particulièrement bien à l’opération. Vient tout d’abord celle du copaïer (c’est-à-dire le baume de copahu tiré du copaïer (copaifera officinalis. N.D.T.)), ensuite par ordre de préférence, il indique la résine « italienne », tirée des pins caractéristiques que l’on trouve en abondance dans la campagne italienne. Il est souvent fait allusion aux pins dans la poésie italienne et même dans la musique (Ottorino Respighi : « I Pini di Roma »). Cette résine doit être purifiée par l’eau de toutes ses parties féculentes. La meilleure méthode de purification semble être une distillation convenablement menée. Dans son ouvrage « Chymischer Handleiter », LE FEBURE décrit le procédé ainsi :

« On devra pulvériser la résine et la mêler à trois parties de briques pilées et une partie de sel commun qui aura été préalablement complètement séché par la chaleur. Le tout sera disposé dans une cornue et distillé en augmentant continuellement la température. On peut utiliser ainsi une partie du distillat huileux obtenu. On peut aussi rectifier le distillat en rajoutant trois parties de sel commun et en distillant à nouveau ».

Le plus facile pour nous est d’acheter des résines déjà clarifiées telles que le baume de copahu (les baumes sont des mélanges de résines et d’huiles éthériques, mêlées partiellement d’acides aromatiques) ou le baume du Canada qui est l’exsudation du pin à résine d’Amérique du Nord (Abies Balsamica) qui est, à strictement parler, une térébenthine. Il contient environ 24 % d’huile essentielle, 60 % de résine soluble dans l’alcool et 16 % de résine soluble dans l’éther.

L’auteur a conduit des expériences avec diverses résines en travaillant sur ses circulata. En raison des excellents résultats obtenus avec le Baume du Canada, il souhaite le recommander à ses compagnons en l’Art. On se sert du Baume du Canada pour la préparation des coupes que l’on observe au microscope, et on peut l’obtenir dans un état de haute purification. Quelle que soit la matière résineuse que vous aurez décidé d’employer, assurez-vous qu’elle est naturelle et n’a pas été fractionnée. On peut obtenir facilement du Baume du Canada naturel, ce n’est cependant pas la résine la meilleure marché.

Si vous considérez avec attention la gravure sur cuivre ci-dessous, vous pourrez observer qu’il y a un trou sur le tronc de l’arbre d’où s’écoule de la résine. En fait la rivière dans laquelle Apollon et Diane s’avancent est résineuse. Notez aussi que Diane sort de l’autre côté de la rivière en tenant dans la main le soleil d’Apollon, ainsi sontils devenus un seul être.

7 – « Pour fortifier le Soufre », cela nous indique que le Sel et le Soufre ont déjà été conjoints. C’est alors que l’on ajoute la matière résineuse, imbibant notre mélange de Sel et de Soufre (volatil). Le tout est alors placé à chaleur modérée (digéré). L’imbibition est répétée chaque fois que la matière sèche. Avant d’ajouter la matière résineuse, l’opérant se trouve à une croisée de chemins. Il peut à ce moment choisir s’il désire emprunter la voie sèche ou la voie humide. Dans le premier cas, les sels de la partie fixe du Soufre obtenus par calcination seront ajoutés. Ceux-ci ne volatiliseront pas le Sel du corps et le résultat sera une pierre.

8 – Puisqu’à cette étape nous opérons déjà sur des substances hautement purifiées, on devra prendre garde à ce qu’aucune impureté ne vienne gâter l’ouvrage. L’auteur a obtenu de bons résultats en employant des fioles plutôt grandes et complètement fermées. Les fioles sont périodiquement ouvertes un certain temps afin de permettre 1’entrée d’air frais, puis elles sont à nouveau fermées. Les dangers de contamination sont considérablement réduits en travaillant dans un four clos (incubateur).

9 – Si tout s’est bien passé, vous pouvez alors verser votre Mercure, c’est-à-dire l’alcool éthylique rectifié.

10 – L’alcool doit dominer en proportion sur le fixe. L’auteur a obtenu de bons résultats avec une proportion de 6 à 1 ou même de 8 à 1.

11 – Au cours de cette « Putréfaction » qui n’est rien d’autre qu’une digestion poussée, un changement de couleur s’opère et le Sel prend l’apparence d’une sorte de glaire. Le Soufre renforcé et l’Esprit agissent à ce moment sur le Sel et commencent à le rendre volatil. Après cela nous débutons nos distillations.

12 – Les distillations doivent être faites au bain-marie ; entre les distillations, après cohobation (lorsque l’on reverse le distillat sur le résidu), une période supplémentaire de digestion s’avèrera utile. Après sept distillations, vous trouverez que votre distillat possède une odeur caractéristique et très pénétrante et a un goût acide et corrosif.

13 – Afin d’éviter cela, nous ferons toutes nos distillations au bainmarie. Si la température est trop élevée, le résultat sera plus une fixation des parties volatiles du Sel qu’une volatilisation. Dans toutes les tentatives de volatilisation, une distillation prudente et lente est nécessaire.

14 – Si vous avez correctement travaillé, vous avez maintenant réalisé le Circulatum Minus selon la troisième méthode. En même temps, vous pouvez maintenant comprendre la première méthode puisque tout ce que vous avez à faire est de l’accomplir en partant de la même espèce végétale d’où vous avez tiré votre matière résineuse, par exemple à partir du pin ou du sapin. Vous pouvez extraire votre matière résineuse à partir de petites branches de pin ou de sapin par distillation à la vapeur. C’est ainsi qu’on obtient les térébenthines naturelles. Quant à la suite, vous procéderez comme ci-dessus. Dans les aphorismes qui suivent, Urbigerus nous informe de ce que peut réaliser le Circulatum.

15 – Lorsque vous y plongez une plante verte fraîchement coupée, par exemple une feuille ou deux de menthe poivrée, vous remarquerez tout d’abord que le liquide devient laiteux et même totalement opaque. C’est le signe d’une émulsion. Si vous laissez reposer un certain temps, les minuscules gouttes d’huile monteront progressivement à la surface et formeront finalement une couche d’huile jaune. Cette huile contient le Sel et le Soufre de l’espèce végétale plongée dans le Circulatum. L’expérience de l’auteur a démontré que la couleur de l’huile varie d’une espèce à l’autre. Une herbe sèche colorera immédiatement le menstruum avec séparation des principes. Dans l’aphorisme qui suit, Urbigerus nous parle de la valeur thérapeutique de cette huile.

16 – Les aphorismes XXI à XXIV nous en disent plus long concernant l’usage du Circulatum Minus. Il pourra extraire la teinture du corail (XXII), on peut s’en servir pour confectionner l’Élixir proprietatis si on y plonge des quantités égales de myrrhe, d’aloès et de safran (XXII) ; il dissout aussi toutes sortes de gommes, d’huiles et de baumes tout en séparant leurs essences (XXIII). Il extrait également la teinture d’un certain nombre de minéraux et de métaux.

NOTICE 24

A la lecture des 24 Notices, certains étudiants en sont peut-être restés aux études théoriques, pour des raisons qui leur sont personnelles, et n’ont pas franchi le cap du travail pratique. À ceux-là, nous disons qu’ils perdent une partie d’un légitime profit du Travail Alchimique. Aux autres qui se sont lancés dans les difficultés de ce travail, nous souhaitons qu’ils puissent y trouver leur voie personnelle d’avancement.

SPAGIRIE ET ALCHIMIE

Il est certainement utile de préciser ici la différence entre les deux théories. La spagirie s’occupe essentiellement de la guérison du corps et l’Alchimie de la guérison de l’âme.

Parmi les personnes qui suivent ce cours, celles qui relèvent du corps Médical utiliseront nos enseignements à leur guise. Mais pour les autres qui ne font partie de cette catégorie, nous pensons qu’il est utile de rappeler un certain nombre de principes. Il ne faut pas utiliser les élixirs alchimiques pour la guérison en général, car :

– La loi interdit la prescription de substances destinées à l’accomplissement d’un acte médical.

– Les élixirs végétaux ont un effet essentiellement spirituel et on ne doit pas toucher à cet aspect chez les autres ; un élixir pourrait éveiller un chakra chez une personne qui n’aurait pas la compréhension adéquate pour supporter cet éveil.

– Les traitements les plus efficaces sont les extractions métalliques, lesquelles ne sont pas incluses dans les premières parties de ce cours.

La spagirie ne cherchant pas particulièrement à aborder l’aspect spirituel, elle utilise des procédés différents de l’Alchimie. À titre d’exemple, nous allons décrire un des procédés utilisés par les spagiristes de l’école allemande :

– Un extracteur de Soxhlet est chargé avec la plante choisie.

– Le menstruum utilisé est de l’eau distillée.

– On effectue alors 3 cycles d’extraction. L’eau n’étant pas gênée par la présence de l’alcool dissout une partie des sels de la plante, ceux qui ont un caractère minéral. Les sels organiques ne sont en général pas solubles dans l’eau ; ils ne le deviendront que par la calcination qui, en éliminant leur carbone, les ramène à l’état minéral.

– Après ces 3 cycles, on laisse baisser la température et on verse avec précaution, par le bout du réfrigérant, une quantité d’alcool à 96º égale à celle de l’eau, pour un Soxhlet de 200-300 cm3 d’un mélange à 50 % d’alcool.

En fait, si nous chauffons peu, seul l’alcool va passer et nous aurons une extraction de la teinture qui normalement se fera rapidement en 3 cycles.

– Quand ceci est terminé, le résidu solide du cartouche est calciné à haute température : 1200º minimum, quelquefois 1600º est souhaitable. La cendre résiduelle est alors jetée très chaude dans le menstruum et le tout est mis en macération pendant une semaine. Ensuite un simple filtrage donne l’élixir spagirique.

Il faut ici remarquer que, contrairement à l’Alchimie, il n’y a pas une séparation nette Sel- Teinture et pas du tout de séparation Soufre-Mercure. Le Sel n’est pas chargé en Soufre mais il joue simplement un rôle d’absorption des impuretés de la teinture. L’école allemande qui utilise ce processus ne cherche pas par ce procédé à rejoindre une voie alchimique, elle reste dans le cadre de la guérison que les lois de ce pays autorisent. Nous avons donné cet exemple uniquement pour montrer la différence entre les processus typiquement spagiriques et alchimiques.

DEUX AUTRES MÉTHODES POUR LA PIERRE VÉGÉTALE

A – Plante Archémisia Tridendata

1) environ 1800 g de plante fraîche.

2) La distillation à la vapeur donne 15 ml d’huile.

3) Faire fermenter une plante dans l’eau à température ambiante.

4) Séparer l’alcool et rectifier, l’alcool est traité au carbonate de potassium.

5) Le résidu est séché, calciné, lessivé.

6) Ensuite le Sel est saturé par une égale quantité d’alcool et d’huile, et mis en

digestion pendant 1 mois à 38 ºC.

7) On sature à nouveau la substance avec un mélange moitié huile-alcool et on la transfère dans une cornue. On distille alors sous vide et lentement jusqu’au sec.

8) La substance est alors extraite de la cornue et est calcinée au gris blanc.

9) Le processus de saturation-distillation- calcination est répété 3 fois chaque cycle durant 1 mois.

10) À ce point, la substance est sombre avec une teinte rougeâtre.

11) La substance est alors placée dans une coupe de porcelaine et chauffée avec un bec bunzen. Elle fond alors en un liquide clair qui devient blanc opaque en se solidifiant. Ce solide blanc est alors réduit en poudre (environ 2 g).

12) Il est ensuite placé dans un appareil à reflux et saturé avec un mélange huilealcool. La température doit être juste suffisante pour maintenir la circulation. Cette circulation doit être maintenue plusieurs semaines.

13) La substance est alors extraite et sa couleur est havane clair.

14) La substance est à nouveau fondue au bec bunzen. Sa fusion est beaucoup plus rapide que précédemment et se solidifie en un blanc opaque.

15) La substance est à nouveau pilée et le cycle recommence jusqu’à ce que la substance n’absorbe plus de liquide et fonde aisément à la flamme. La Pierre est terminée.

Cette méthode semble de loin la plus aisée et la plus souvent réussie.

B – Autre Méthode

1) 150 à 200 g de poivre noir en grain sont réduits en poudre.

2) La teinture est extraite à l’alcool absolu par un passage au Soxhlet.

3) Les sels solubles obtenus du résidu sont mis en poudre fine et sont saturés avec la teinture et maintenus à 38 ºC.

4) La teinture concentrée donne des cristaux qui une fois arrosés sont mélangés aux sels solubles.

5) La substance est saturée à chaque fois qu’elle est devenue sèche et ceci tant que la substance absorbe du liquide.

6) À ce point, la substance est devenue très fusible. Une distillation sous vide à la cornue est alors effectuée.

7) Le distillat est ensuite reversé sur le résidu avec, si cela est nécessaire, un supplément d’extrait pour obtenir la saturation.

8) Ce cycle est répété jusqu’à ce que la substance n’absorbe plus d’extrait et qu’elle soit d’un blanc opaque.

La Pierre est terminée.

PRÉPARATION DU SEL

Ceux qui ont pratiqué quelques-unes de nos expériences se sont rendu compte que le problème su Sel est un des gros problèmes de l’Alchimie végétale. Si on ne lessive pas le Sel, on a une masse apparente plus grande, mais sa purification est plus longue à obtenir.

Nous parlerons par la suite de la distillation en 4 phases et ensuite de ce que Paracelse nomme le premier être des plantes, ce que d’autres nomment leur quintessence. Il s’agit-là d’un produit dont les auteurs reconnaissent les qualités, lesquelles sont très proches de celles du Grand Élixir métallique.

Bien entendu, dans la cohobation pour revivifier les éléments de la plante, son Sel est nécessaire mais, pour la purification, un autre Sel peut convenir. De plus, si l’on ne veut pas qu’il fixe le Soufre, il doit être inharmonique avec la plante.

Les Anciens font beaucoup d’éloges au sujet du sel de mer et de l’acide du Sel de mer, mais il convient, ici, d’être circonspect.

Un végétal terrestre pourra être purifié sans perdre son Soufre par le sel de mer, mais une algue marine ne pourrait être purifiée que par les sels de potassium (voir Notice 13).

Pour que le chlorure de sodium soit apte à purifier une plante, il doit subir une longue

préparation :

– Prendre 1 litre d’eau de pluie et y faire fondre 300 g de sel.

– Filtrer, évaporer l’eau et recueillir les cristaux de sel au fur et à mesure qu’ils se forment. Ne pas pousser la cristallisation jusqu’au sec, sacrifier 10 à 15 cm3 d’eau.

Répéter ceci jusqu’à ce que le filtre ne soit plus sali par l’eau, c’est-à-dire au moins 10 à 12 fois. Puis garder le sel en flacon de verre très propre, bien bouché.

Ce sel peut servir à diverses choses dont l’extraction du premier être d’une plante bien préparée.

Pour d’autres expériences, il est intéressant d’avoir de l’eau chargée de « nitre ». Pour cela on opère de la façon suivante :

1) Calciner du carbonate de potasse entre 200 et 300 ºC au moins pendant 1 heure.

2) Le répartir en couche mince sur une plaque de verre ; on peut commencer par une plaque de 50 x 50 cm avec 1 ou 2 mm de carbonate en surface.

3) Cette plaque est placée dans une pièce aérée, de préférence un grenier plutôt qu’une cave, et cette plaque est inclinée. Le sel déliquescent va couler et deux cornières le guideront vers un flacon pour être recueilli.

4) Les Anciens nomment ceci « Huile de tartre par déliquescence ». Elle doit d’abord être filtrée puis conservée telle quelle.

5) Pour enrichir un produit en « nitre », il faut alors distiller cette huile sous vide et le liquide obtenu est dit par les anciens textes « Eau des Anges ».

Remarque : nous savons que certains mettaient aussi la potasse en déliquescence. Mais il est très probable que la potasse ainsi traitée ne soit plus de la potasse. Celle-ci avide du CO2 de l’air se transforme en carbonate de potassium. Pour enrichir la potasse en « nitre » sans qu’elle se transforme en carbonate, il faut l’imbiber avec « l’eau des Anges » et ne pas la laisser très longtemps à l’air libre.

ALCHIMIE ANIMALE

Un prêtre nous a prêté un livre : « Le sang peut-il vaincre la mort ? ». Ce livre traite d’une partie de l’Alchimie animale, de ce qui, en fait, est connu sous le vocable de « Arcane du sang ».

Après quelques nuits consacrées à ce sujet, nous pensons que la demi-connaissance transmise par ce livre n’est pas sans danger, comme le sont toutes les demi-connaissances. Aussi pensons-nous bon de donner une explication théorique, mais claire et complète, sur l’Alchimie animale.

Les livres de GLASER ou de LÉMERY donnent un certain nombre d’expériences alchimiques sur des produits animaux. Mais, à notre connaissance, seul « Le livre de la Nature dévoilée », d’un auteur anonyme, met en garde contre les réactions négatives, psychiques ou spirituelles, de ces expériences.

Le Mercure animal se trouve dans le sang, les os sont le Sel, et la chair est un mélange de Sel volatil et de Mercure coagulé par le Soufre animal. Évidemment ces éléments peuvent être séparés et on peut, en ce domaine, obtenir le Soufre, le Mercure et le Sel séparés et purifiés, mais là n’est pas le problème.

Beaucoup ont pensé que le sang seul suffisait. En effet, s’il est le porteur privilégié de Mercure, il contient aussi le Sel et, par les globules rouges, le Soufre.

C’est là que l’erreur commence, comme nous allons le voir. En effet, si l’homme est le plus évolué de tous les produits de la nature et s’il est pur, son sang devrait contenir le Soufre, le Mercure et le Sel les plus parfaits de la création. Alors ce sang serait le Circulatus Majeur, l’égal et même le Supérieur de la Pierre au rouge. Une des plus sinistres illustrations de cette demi-connaissance est donnée par Gilles de Rais qui, sachant ce qui précède, sacrifia d’innombrables nouveau-nés, pensant ainsi trouver du sang pur. Mais le sang du nouveau-né n’est pas plus pur que celui de sa mère. En réalité, le sang ne devient pur qu’avec la renaissance spirituelle ; seul le Maître re-né possède ce sang. C’est de là qu’est née la légende du Graal qui illustre les propriétés du sang de l’adepte Jésus.

D’ailleurs la description de certaines projections faites par des anciens maîtres ne décrit pas une poudre rouge sang brillant mais une poudre rouge brunâtre. Nous espérons que ce qui procède vous évitera diverses erreurs ou tentations. Cependant, pour donner un caractère positif à cette notice, nous allons décrire une expérience d’Alchimie Animale sans danger pour qui que ce soit.

L’HUILE D’OEUF

– Selon la taille de votre extracteur de Soxhlet ou de votre équipement équivalent, prenez 6 à 12 oeufs de poule aussi frais que possible. Faites-les cuire durs, normalement.

– Séparez les jaunes des blancs et écrasez ces jaunes pour en faire une poudre ou un amalgame léger.

– Placez cet amalgame dans un flacon de verre non fermé. Prenez alors un bocal, genre bocal de conserve, avec un couvercle étanche dans lequel notre flacon puisse être enfermé.

– Calcinez de 100 à 200 g de carbonate de potassium entre 200 et 300º au moins pendant 1 heure.

– Mettez le carbonate dans le bocal et placez au-dessus le bocal contenant les jaunes.

– Fermez d’une manière étanche.

– Le carbonate absorbe la vapeur d’eau dans le bocal et ainsi, peu à peu, les jaunes vont

se dessécher.

– Quand les jaunes sont secs, réduisez-les en poudre et chargez dans l’extracteur de Soxhlet ; le menstruum sera l’alcool absolu.

– Après au moins 12 cycles d’extraction, le menstruum est distillé et une huile est récupérée : son nom ancien est ovum vitelli.

Les Anciens disent que cette huile fait guérir les plaies dix fois plus vite que la normale et qu’elle soigne par absorption une maladie dont le nom nous donne à penser qu’il devrait s’agir du cholestérol.

Il faut dissoudre cette huile dans un alcool de fort parfum car son goût est épouvantable.

Bon courage !

 

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